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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/586

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Cadamosto parle de l’île de Fer, où il avait relâché en se rendant de Madère au cap Blanc, mais il ne dit rien de l’arbre saint, ce qui indique seulement que l’histoire vraie ou fausse de cet arbre extraordinaire n’était pas encore très répandue : elle était au contraire fort célèbre du temps d’Oviedo, et si cet auteur n’en fait pas mention dans sa première publication, qui est de 1525, quoiqu’il y ait consacré tout un chapitre aux Canaries, il ne faudrait pas en conclure qu’il regardât le fait comme douteux. Il répare, en effet, amplement cette omission dans un second ouvrage, imprimé seulement en 1547, mais écrit avant le premier, et dont celui-ci n’est qu’une sorte d’abrégé, fait de mémoire en Espagne, pour être présenté à l’empereur Charles V.

Gomara, dans son histoire générale des Indes, publiée en 1554 ; Sparke, dans sa relation du voyage de sir John Hawkins en 1565, et plusieurs autres écrivains estimables du XVIe siècle vinrent joindre leur témoignage à celui d’Oviedo ; mais il courut aussi quelquess versions ridicules, et ce fut à celles-là qu’on s’attacha pour déclarer le fait mensonger.

Certes, quand Purchas racontait, sur la foi d’un certain Jackson, que l’arbre saint, sec et flétri durant le jour, verse chaque nuit une quantité d’eau suffisante pour désaltérer huit mille personnes et cent mille pièces de bétail, on n’était pas tenu de croire à une pareille merveille ; mais, avant de déclarer l’histoire controuvée de tout point, il eût été convenable de rechercher si elle ne se trouvait pas ailleurs avec des circonstances moins invraisemblables. Or, c’est ce que, pendant long-temps, personne ne prit la peine de faire.

Voyons cependant comment le fait est rapporté pour la première fois.

« L’île de Fer, dit Oviedo, n’a point d’eau douce de rivière, de fontaine, de lac ni de puits ; et cependant elle est habitée. Mais tous les jours Dieu la pourvoit d’eau du ciel, sans qu’il pleuve, et cette eau, voici de quelle manière il la lui donne.

« Chaque matin, depuis une heure on deux avant l’aube jusqu’après le lever du soleil, un arbre qui est dans cette île sue, et il tombe beaucoup d’eau de son tronc, de ses branches et de ses feuilles. Pendant tout ce temps, il y a au-dessus de lui un petit