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à ce que l’on croit, l’île de Fer. Ces animaux, comme ceux qu’Anson trouva aux îles de Juan Fernandez, indiquaient suffisamment une ancienne tentative de colonisation ; quelques restes de constructions prouvaient d’ailleurs que deux de ces îles au moins avaient été habitées ; toutes alors étaient désertes, et l’on ne sait pas combien de siècles s’écoulèrent avant qu’elles fassent peuplées une seconde fois. Les hommes que les Européens y trouvèrent à l’époque de la conquête n’avaient conservé aucun souvenir de l’arrivée de leurs ancêtres dans ce pays, et se regardaient comme autochthones.

Vers la fin du XIIIe siècle, les îles Canaries, dont l’Europe avait pendant long-temps oublié l’existence, recommencèrent à être visitées. Dans le XIVe, elles devinrent le but de fréquentes expéditions dela part des navigateurs mayorquains, andaloux et biscayens, qui venaient pour y voler du bétail et faire des esclaves. La première tentative de la part des Européens pour y former un établissement permanent eut lieu dans les dernières années de ce siècle ; elle fut malheureuse. Quelque temps après, un gentilhomme normand, le sieur de Bethancourt, soumit Lancerote, Gomère, Forteventura et notre île de Fer. La Palme subit bientôt le même sort. Quant aux deux îles principales, Canarie et Ténériffe, elles opposèrent une longue et vigoureuse résistance. Enfin, les rois catholiques (Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille) en ayant entrepris la conquête, elles furent soumises, la première en 1483, l’autre seulement en 1495, c’est-à-dire trois ans après la découverte de l’Amérique.

Les îles Canaries devinrent, à partir de cette époque, un point habituel de relâche pour les vaisseaux qui se rendaient d’Espagne en Amérique, et c’est à ce titre qu’il en est parlé dans les premières relations de la conquête du Nouveau-Monde.

L’histoire del’expédition de Bethancourt avait été écrite, dès l’an 1403, par deux hommes qui en faisaient partie ; mais cet ouvrage, où se trouvent des détails très curieux, resta inédit jusqu’en 1630, de sorte que les premiers renseignemens donnés sur les Canaries dans les temps modernes, paraissent être ceux qu’on trouve dans la relation du voyage de Cadamosto. Le voyage est de 1 454. La relation est de 1519.