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de bezoar qu’on lui avait administrée ; il est à croire plutôt que la dose du poison n’était pas assez forte pour produire la mort chez cet individu, qui était jeune et vigoureux.

Je ferai remarquer en passant que la racine de napel, dont les effets sur l’homme sont si terribles, est mangée impunément par le rat, pour lequel même elle paraît être un mets assez friand. On connaît encore beaucoup de substances médicamenteuses ou vénéneuses dont les effets sur l’homme sont très différens de ce qu’ils sont sur certains animaux : ainsi une dose assez faible de cantharides, prise à l’intérieur, nous causerait des accidens très graves ; un hérisson en prendra dix fois davantage sans être le moins du monde incommodé. On a même fait, dit-on, à ce sujet une observation qui, si elle se confirmait, serait fort curieuse. Dans l’île de Malte, on donna à manger à un hérisson un grand nombre de cantharides, et il ne s’en porta que mieux ; mais cet animal ayant uriné dans un baquet plein d’eau, quelques soldats, qui n’en étaient pas prévenus, burent de cette eau par hasard et éprouvèrent les mêmes accidens que s’ils avaient avalé directement les cantharides.

J’ai dit que l’on confondait sous le même nom de lianes du guaco plusieurs plantes employées de la même manière contre les serpens, mais d’ailleurs différentes par l’espèce et même par le genre. Quelques-unes ne sont pas encore suffisamment déterminées. Quant à celle qui servit aux expériences de Mutis, c’est une corymbifère appartenant au genre mikania, genre voisin des eupatoires, lequel fournit lui-même beaucoup d’espèces vantées comme antidotes.

Le mikania guaco est une plante grimpante, à tige herbacée, qui monte sur les arbres jusqu’à trente pieds de hauteur. Les rameaux sont opposés sur la tige, et les feuilles sur les rameaux : ces feuilles, de forme ovalaire, sont longues de quatre à six pouces, larges de trois à quatre, minces, lisses en dessous, cotonneuses en dessus, légèrement pointues à l’extrémité. Les fleurs sont en corymbe, blanches dans l’espèce commune, violettes dans une espèce voisine également employée dans la Nouvelle-Grenade.

Dans les Antilles, la liane de guaco, qu’on commença à employer en 1800 contre la morsure de la vipère trigonocéphale, est