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cachant des convictions entières sous une bonhomie qu’on aurait dû forcer, il s’effaça trop ; quatre ou cinq morceaux de fonds qu’il se décida à y écrire, frappèrent beaucoup, mais ne l’y assirent pas au rang qu’il aurait fallu. Il dirigeait le matériel du journal, mais en fait d’idées il y passa toujours plus ou moins pour un rêveur. Ses opinions, afin de prévaloir, avaient besoin d’arriver par M. Dubois.

M. Dubois s’était donc mis à l’œuvre en septembre 1824, secondé de M. Leroux, et moyennant les avances financières de M. Lachevardière. MM. Jouffroy et Damiron, ses amis intimes, ne pouvaient lui manquer. M. Trognon travailla aussi dès les premiers numéros. Comme il y avait exposition de peinture au début, M. Thiers se chargea d’en rendre compte ; sauf ce coup de main du commencement, il ne donna rien depuis au journal. M. Mérimée donna quelque chose d’abord, mais ne continua pas sa collaboration. Quelques jeunes gens, élèves distingués de MM. Jouffroy et Damiron, entrèrent de bonne heure, parmi lesquels MM. Vitet et Duchâtel, qui n’étaient pas plus des doctrinaires alors que M. Thiers. Ils connaissaient les doctrinaires sans doute, ils étaient liés, ainsi que leurs maîtres, avec M. Guizot, avec M. de Broglie, peut-être de loin avec M. Royer-Collard. Personne dans cette réunion commençante n’en était aux préjugés brutaux et aux déclamations ineptes du Constitutionnel. Mais par M. Dubois, ame du journal, un vif sentiment révolutionnaire et girondin se tenait en garde ; et dès que la censure fut levée, cette pointe généreuse perça en toute occasion. M. de Rémusat, le plus doctrinaire assurément des rédacteurs du Globe par la subtilité de son esprit, par ses habitudes et ses liens de société, ne toucha longtemps que des sujets de pure littérature et de poésie ; ce qu’il faisait avec une souplesse bien élégante. M. Duvergier de Hauranne n’avait pas à un moindre degré la préoccupation littéraire, et son zèle spirituel s’attaquait, dans l’intervalle de ses voyages d’Italie et d’Irlande, à des points délicats de la controverse romantique. Ce n’est guère à M. Magnin toujours net et progressif, ou à M. Ampère survenu plus tard et adonné aux excursions studieuses, qu’on imputera un rôle dans la prétendue ligue. Le Globe n’a pas été fondé, et n’a pas grandi sous le patronage des doctrinaires,