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qui reste attachée aux pierres de la rivière quand l’eau est basse. Après avoir été à notre poste environ une heure, nous vîmes paraître, au lieu d’un cerf, un serpent-sonnette, qui était sorti d’un trou du rocher sur lequel nous étions placés, et qui s’avançait vers l’eau à travers une étroite plage sablonneuse. En entendant nos voix, ou peut-être pour quelque autre cause, il s’arrêta et resta allongé, la tête tout près de la rivière. Il me parut que c’était une bonne occasion pour vérifier ce que j’avais entendu dire de la vertu des feuilles du frêne blanc (white ash)  ; en conséquence, je priai mes compagnons de faire le guet, tandis que j’irais chercher une branche de cet arbre. Je me dirigeai alors vers une partie de terrain bas, qui était éloigné de trente à quarante perches de la rivière, et je revins bientôt avec une pousse de frêne blanc de huit à dix pieds de longueur et une d’érable à sucre, afin d’essayer comparativement le pouvoir des deux. Je m’avançai alors vers le serpent, en me plaçant entre son trou et lui, afin de lui couper la retraite. Quand j’en fus à sept ou huit pieds, il se louva (se mit en rond), éleva sa tête de huit ou dix pouces, et brandissant sa langue, fit voir qu’il se préparait au combat. Je lui présentai d’abord la branche de frêne blanc, de manière à lui toucher le corps avec les feuilles. Aussitôt il laissa tomber sa tête, étendit son corps, et se roulant sur le dos, il commença à se tortiller comme sous l’influence des plus grandes angoisses. Après avoir bien constaté cet effet, je mis de côté la branche de frêne, et, au même moment, le serpent s’enroula de nouveau et reprit son attitude menaçante. Lui ayant alors présenté la branche d’érable, il s’élança jusqu’à plonger sa tête au milieu de la touffe que formaient les feuilles, revint sur lui-même, s’enroula de nouveau et s’élança une seconde fois de toute la longueur de son corps et avec la rapidité de la flèche. Après m’être ainsi amusé de sa fureur pendant quelque temps, je repris la branche de frêne, et la lui présentai sur-le-champ il laissa tomber sa tête, et s’étendit sur le dos comme la première fois. Je voulus voir si en le fouettant avec cette branche je parviendrais à l’exciter et le porter à se défendre. Je le frappai donc de plusieurs coups, mais ce traitement, au lieu d’éveiller sa colère, ne fit qu’augmenter son trouble, et bientôt il frappa la terre de sa tête, comme s’il eût voulu y faire une ouverture pour échapper à cette persécution.