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de quelques traditions vagues a servi de base à cet Ivanhoé, magnifique structure ; avec les souvenirs féroces et fanatiques des Caméroniens, il a fait une histoire palpitante d’intérêt. Il ne lui a fallu qu’un forgeron au milieu de sa forge pour lui donner le type d’un héros ; et ce héros est resté forgeron. Ce n’est ici que la dixième partie de ce qu’a su accomplir Walter Scott ; et, pour exécuter une telle œuvre, il fallait être poète de premier ordre, doué d’imagination, de sensibilité, d’observation, de connaissance du monde et des hommes ; comprendre le beau dans toutes ses variétés, sentir ce qui est grand, sympathiser avec l’héroïsme, et joindre à ce rare assemblage la puissance de combinaison, le talent de peindre.

Il trouva le roman de son époque déformé par mille affectations extravagantes, riche de sentimens factices, de détails ridiculement, puérilement minutieux, éloigné du naturel et de la vérité. Il lui rendit sa beauté, sa naïveté ; il l’éleva plus haut que jamais ; son souffle puissant le ranima. Tout ce que les narrations de ses prédécesseurs lui offraient de noble, de profond, de vraiment beau, se retrouva dans ses compositions il les enrichit d’une variété inouïe, d’une vigueur de pinceau, d’une force dramatique et d’une hauteur poétique qui les place de niveau, quant à l’intérêt général, avec les meilleurs poèmes. Byron ne se lassait pas de produire de beaux vers, ni Walter Scott des romans admirables. Telle fut la popularité de l’un et de l’autre, qu’on n’eut d’yeux et d’oreilles que pour eux, et que la seule question dont on s’occupait alors était de savoir lequel des antagonistes était le plus grand. Sans essayer de vider ce différend oiseux, on doit convenir que Walter Scott, vaincu par Byron dans la carrière poétique, prit sa revanche sur Byron prosateur. Génies rivaux, ni l’un ni l’autre ne prononça contre son émule un mot qui trahît l’envie ou la mauvaise humeur. Byron ne parlait de Scott, et Scott de Byron, que dans les termes de l’admiration et de l’amitié.

Lorsque Scott se fit romancier, il entra dans la lice visière baissée. Les romans de l’auteur de Waverlep parurent devant le public sous des noms imaginaires. C’était grande surprise que de voir ces merveilleuses créations tomber des nues pour ainsi dire, sans laisser au lecteur le temps de respirer. Le public était stupéfait. Napoléon, à son retour de l’île d’Elbe, apparaissant tout à coup avec ses cent mille hommes, ne causa pas une sensation de surprise plus générale. D’abord Waverley, avec ses chefs montagnards et ses mœurs gaéliques ; puis Guy Mannering, avec la saveur des plaines, et son glorieux paysan Dinmont, et sa Meg Merrilies, demi-folle, demi-pythonisse ; l’Antiquaire, escorté de Monkbarns et de l’inimitable Ochiltrie ; Rob Boy, et son bon André Fairservice, et