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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/496

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à l’époque de Johnson ; nous nous trouvons jetés au milieu d’une époque dont le langage est plus étudié, dont les manières sont moins naturelles que les nôtres. Samuel Johnson, juge difficile, aimait Évelina, faisait souvent allusion à ce roman quand il se trouvait dans le monde, et mortifiait singulièrement Boswell [1], en le classant parmi les Brangton, famille de niais et de curieux impertinens, que Mme d’Arblay avait peints au naturel.

Personne ne fait de portraits individuels plus caractéristiques ; tous ses Brangton sont admirables ; son M. Smith, bourgeois de crédit et de renom, n’a pas moins de valeur. Dès qu’une singularité de caractère s’offre, elle la saisit avec vivacité, avec bonheur ; elle a disséqué pour ses menus plaisirs les absurdités sociales. Aucun des détails extérieurs ne lui échappe ; son pinceau, précis et net, reproduit avec une force étonnante les mœurs et les habitudes privées. Quel portrait vaut ce portrait de Boswell qu’elle nous a donné dans ses Mémoires du docteur Burney ? Ses Lettres à M. Crisp sont des merveilles d’observation sociale. Comme elle étudie la mode, l’étiquette, le décorum ! Quelle profonde investigation des convenances ! Comme elle sait bien tout ce qui s’est passé au bal, et les mille petites passions qui ont agité les acteurs !

Il est vrai qu’à force d’arrêter ses regards sur les étoffes, les costumes, les robes brodées et les cheveux poudrés de l’époque, il ne lui est plus resté d’attention, de puissance d’examen à consacrer à tous les cœurs qui palpitaient sous le damas et sous la soie. L’originalité et la profondeur du dessin manquent à ses ouvrages ; les importantes vétilles

  1. Boswell s’était constitué, du vivant de Samuel Johnson, l’inséparable et l’historiographe de cet homme célèbre. Boswell est resté, type de la curiosité impertinente et de la fatuité minutieuse.