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« Le roi, dans un gouvernement représentatif, est comme le pilote au gouvernail. Celui-ci observe l’état du ciel, les élémens, et s’en sert pour conduire et gouverner son vaisseau. Le roi, élevé au-dessus de tous, étudie le pays, juge si les opinions sont exactement représentées par la chambre des députés, et, d’après les résultats de ses observations, il la dissout, ou, en la maintenant, il choisit des ministres qui se conforment aux volontés qu’elle exprime, et au système qu’elle a cru devoir en faire sortir. Si les ministres s’en écartent, il les remplace par d’autres plus disposés, ou plus en état de comprendre ce qu’exige l’opinion publique. Ce n’est pas là seulement régner, c’est gouverner, dans toute la signification de cette expression. Les chambres sont, comme les élémens pour le pilote, elles ne gouvernent pas ; elles indiquent si elles sont la représentation exacte du pays, comment le pays veut être gouverné.

« Tout cela se fait sans absolutisme de la part du roi, qui ne peut avoir de volonté qui lui soit propre, ni d’intérêt, même dynastique, qui ne soit celui du pays, sans basse et aveugle soumission des ministres, sans abnégation de la part des chambres, qui sont toujours assurées (et l’expérience le prouve) de faire triompher l’opinion générale. Le principe de l’unité exige qu’il y ait un centre auquel tout vient aboutir : sans cela, nous n’aurions pas une monarchie, mais une pure démocratie que rien n’aurait la puissance de contenir. »

Le Journal des Débats, qui a tous les genres de courages, même celui que Turenne s’accusait de ne pas posséder, le courage de la honte, le Journal des Débats s’est chargé de défendre la bannière remise aux mains de M. Persil. Le Journal des Débats est destiné à donner l’exemple de toutes les contradictions humaines. Il n’est pas une cause, un régime qu’il n’ait tour à tour attaqués ou défendus. La liberté de la presse et le jury ont eu leur tour cette fois, et à voir la violente sortie du Journal des Débats contre l’introduction du jury dans les jugemens de la presse, ses abonnés ont dû se demander s’ils ne recevaient pas quelque numéro oublié du Journal de l’Empire. Le Journal des Débats louait le même jour le discours de M. Persil et M. Salvandy, nouvellement élu à Évreux, qui fit à la chambre, sous la restauration, en qualité de commissaire du roi, un plaidoyer si éloquent en faveur des troupes suisses à la solde de la France. Après avoir boudé deux ans et plus la monarchie de juillet, M. de Salvandy vient enfin de rentrer au bercail. Il a eu l’honneur, disait le Journal des Débats, de présenter ses devoirs au roi et à la reine. — Faites votre devoir et laissez faire aux dieux ! dit le grand Corneille. — C’est bien certainement ce que feront le Journal des Débats et M. de Salvandy.

Les amis de M. Dupin ont cherché à faire croire que le discours du