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mais ce fut surtout au moyen âge qu’elles acquirent une grande importance ; alors on les réduisit en corps de doctrine, on en expliqua même le plus grand nombre, c’est-à-dire qu’on les ramena à un principe unique en les faisant dériver de sympathies et d’antipathies, sorte de rapports par lesquels on croyait alors tous les êtres naturels liés les uns aux autres.

Ce mode d’explication continua encore à être admis pendant la période dite de la renaissance ; mais si les recherches d’érudition et de critique littéraire n’avaient pu lui rien enlever de son autorité, il n’en fut pas de même des travaux de l’école expérimentale qui le firent rapidement tomber en discrédit. Toutefois il ne cessa entièrement d’avoir cours que pendant le règne du cartésianisme, époque durant laquelle on ne voulait reconnaître que des actions purement mécaniques, et où on allait jusqu’à refuser aux animaux le sentiment.

Aujourd’hui nous ne croyons plus que les animaux soient de simples machines, et nous leur avons rendu, sous le nom d’instinct, quelques-unes de leurs anciennes antipathies. Je ne vois pas trop pourquoi le mot lui-même a été rejeté du langage scientifique, et ce qu’on a gagné à réunir sous une seule dénomination des impulsions fort différentes par leur nature, et qui n’ont de commun que d’être également irréfléchies et de tendre toutes, soit à la conservation de l’individu, soit à celle de l’espèce. Il y a même eu, indépendamment de la confusion qui est résultée de cette réunion, un autre inconvénient très réel : c’est qu’on a été porté à rejeter comme fausses les antipathies ou les sympathies dont on n’apercevait pas le but, et qu on ne pouvait ainsi rattacher aux impulsions instinctives.

Lorsque nous voyons un jeune chien s’effrayer et prendre la fuite la première fois qu’il se trouve en présence d’un loup, animal dont l’espèce est très voisine de la sienne, tandis qu’il s’avance hardiment vers un cheval ou un taureau ; si nous ne concevons pas d’où peut naître en lui cette frayeur, nous sentons du moins comment elle rentre dans les vues générales de la nature ; nous savons que s’il lui fallait un premier essai pour apprendre que le loup est un animal nuisible, il n’acquerrait d’ordinaire l’expérience qu’en perdant la vie. Nous disons donc que sa frayeur est instinctive, et