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à ce point la chose du monde la plus simple. C’est de la part de l’ambassadeur et de la reine une singulière niaiserie que de ne pas entrevoir pour Fabiano d’autre chef d’accusation que la séduction d’une jeune fille. Il y a là de quoi faire sourire de pitié un clerc d’avoué ou un secrétaire d’ambassade. Philippe II avait la main malheureuse en diplomatie, s’il confiait ses intérêts à des ames si candides et si malhabiles.

Reste un dernier acteur qui ne paraît qu’un instant, qui remplit un rôle absolument providentiel, un juif, dont le nom m’échappe, modelé sur le type de Shylock, ingénieux en paraboles, abondant en métaphores, assez mal inspiré du reste, puisqu’il choisit pour le défendre un homme sans armes, et qu’il demande dix mille mares d’or à un courtisan qui a dans son fourreau une réponse toute prête. J’ai grand peur que ce juif ne soit venu en scène uniquement pour réciter quelques phrases bien faites.

Ainsi, pas un de ces caractères n’est tiré de l’humanité à laquelle nous appartenons. A quoi servirait d’interroger l’histoire ? L’histoire n’est-elle pas la mise en œuvre des passions et des idées que nous avons vainement cherchées dans le drame de M. Hugo ? La vérité locale et chronologique des costumes, du langage et des actions, n’est qu’une question subalterne devant la question humaine. Ce qui m’importe avant tout, c’est que les acteurs soient des hommes. Ce premier point éclairci, il sera temps de savoir à quelle nation, à quelle période historique ils appartiennent. Mais assuré, comme je le suis, que les personnages de Marie Tudor n’ont jamais pu vivre, je n’irai pas m’enquérir si leur existence problématique s’encadre plus volontiers entre les années 1553-1558, que dans toute autre époque. — Aussi bien l’histoire est un livre ouvert à tous les yeux, et je ne suis pas chargé de le feuilleter et de le lire à haute voix.

Faut-il s’étonner maintenant si l’action construite avec les acteurs que nous avons étudiés, viole à chaque pas les lois de la raison, semble défier les plus naïves crédulités ? De grands seigneurs qui conspirent la ruine d’un courtisan aux bords de la Tamise ; un légat d’Autriche qui les rassure et les encourage ; un homme du peuple qui, au lieu de rentrer chez sa fille adoptive, écoute les confidences d’un mendiant, et qui sur un signe se retire