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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/465

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pas la bravoure à la lâcheté ? S’il y en a quelqu’une capable de cette étrange méprise, c’est qu’elle n’a jamais vu dans l’amour qu’une distraction de quelques jours, un hochet pour son oisiveté ; mais à coup sûr elle n’a jamais placé sur une tête chérie l’entière sécurité de sa destinée.

Or, si l’on veut que je m’intéresse de bonne foi au sort de Jeanne Talbot, il me la faut grande et passionnée, pure et hardie. Celle que M. Hugo nous a donnée est amoureuse tout au plus comme une pensionnaire de seize ans, après la lecture clandestine de quelques romans vulgaires, sans savoir comment ni pourquoi. C’est un chiffre, ce n’est pas une femme.

Gilbert n’est pas non plus une création facile à expliquer, si l’on ne s’en rapporte qu’au témoignage de sa propre conscience. Il est trahi, il n’en peut douter. Que doit-il faire ? se résigner, s’il est un saint ; s’il est un homme, se venger. Est-il probable que Fabiano, assez fanfaron pour flétrir une femme sans utilité pour lui-même, soit assez courageux pour soutenir ses vanteries. La chose est rare. Ceux qui soutiennent l’honneur d’un nom ne le traînent pas par les rues le défend-on volontiers quand on a pris soi-même la peine de le salir ?

Au lieu donc d’entrer presque les yeux bandés dans un imbroglio inextricable, Gilbert ne devrait s’en remettre qu’à lui-même du soin de se venger. Il n’a pas d’armes, répondra-t-on ; mais Fabiano serait-il d’aventure le premier poltron désarmé et percé de son épée ?

Je blâme hautement le serment à double entente, prononcé par Gilbert sur l’Évangile et sur la couronne. Un tel subterfuge est indigne d’un homme d’honneur, et flétrit d’emblée le but qu’il veut atteindre.

Parlerai-je de Simon Renart, reproduction littérale de Gubetta, fanfaron de dissimulation, charlatan de finesse, panégyriste indiscret et ridicule de toutes les ruses qu’il évente et qu’il raconte étourdiment au premier venu, qui mène la reine comme Mascarille menait son maître ? Je ne m’explique pas bien comment le légat d’Autriche, pour frapper un favori qui déshonore la couche destinée à son maître, va choisir la haine impuissante de Gilbert. Il faut aimer singulièrement à embrouiller les cartes pour compliquer