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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/43

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sur la grève du rocher, dans la nasse du pêcheur, dans la voile qui m’habillait de lin. Êtes-vous jaloux de la voile, ou de la nasse du pêcheur ; ou de la grève du rocher, ou de la dalle du môle ? Je ne vois plus dans mon abîme que des carcasses de barques naufragées ; mon flot ne roule plus que des algues arrachées de ma rive ; mon sable est fait de la poussière des morts. Tant de couronnes et de sceptres rompus, tant de proues de vaisseaux, tant de villes englouties, tant de boucliers et de sabres rouillés, s’entrechoquent dans mes flots, qu’ils empêchent ma voix d’arriver jusqu’à vous !

LE PÈRE ÉTERNEL

Tu as douté jusqu’au fond de tes vagues. Va ! je prendrai toute ton eau dans ma main pour en laver la plaie et le calice de mon fils.

CHŒUR DES ÉTOILES

Comme un pèlerin de Palestine emporte sur son habit les coquillages de la rive, ainsi vous nous aviez attachées au bord du manteau du matin. Comme les mules d’un évêque qui s’en va à Tolède secouent sous leurs crinières des clochettes dorées, ainsi nos voix argentines pendaient et résonnaient sous la crinière noire des mules de la nuit. Pour abréger notre voyage, il ne fallait qu’une goutte de rosée où nous nous mirions en passant ; jusqu’à ce que le jour vînt à luire, nous nous contions nos rêves ; et si quelque nuage mouillait notre chevelure, nous lui demandions en souriant notre chemin dans le désert. Mais, à cette heure, l’orage nous chasse avec les feuilles dans la forêt de Josaphat.

STELLA MATUTINA

Vous n’avez pas assez pleuré dans la nuit d’orient de la Passion, quand je tenais mon fils mort dans mes bras sur le Calvaire, et vous avez souri dès le lendemain !

CHŒUR DES ÉTOILES

Pardonnez-nous, Marie !… Quel crime encore avons-nous fait ? Est-ce d’avoir effleuré dans la nuit les lèvres closes et la paupière d’une femme de Turquie, d’avoir baisé son turban, son poignard avec ses tresses, et encore sa ceinture dénouée sous sa tente ? Est-ce d’avoir été trop lente à me lever dans le golfe de Naples, ou trop paresseuse à me bercer aux vignes grimpantes de ses îles ? Est-ce d’avoir oublié l’heure dans les gondoles de Venise, à