Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/40

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHŒUR DES FLEURS

Sans jamais nous lasser, nous avons grimpé par les sentiers des chamois jusqu’au sommet des Alpes, pour voir notre Seigneur de plus près. Sans jamais plier sur nos genoux, nous sommes descendues fraîches et matinales jusqu’au fond des grottes, pour demander si notre maître ne s’y était point endormi. De nos sommets nous avons vu, sans avoir peur, la lave des volcans frapper à la porte des villes et s’asseoir, comme une foule, au seuil des maisons et sur le banc des théâtres. Du bord de nos cavernes, nous avons vu en souriant les armées, les chariots de guerre, les chevaux à la croupe bondissante, se baigner dans leur rosée de sang, les cimiers se dresser, les écus flamboyer et les épées cueillir leurs fruits mûrs sur la branche de l’arbre des batailles. Quand les sceptres des rois se desséchaient entre leurs mains, quand les peuples, l’un après l’autre, se fanaient dans leur automne, nous venions à leur place germer dans leurs vallées et oindre nos couronnes dans la pluie de leurs caveaux. De notre passé nous ne regrettons pas une heure ; à présent qu’allons-nous devenir ?

MATER SANCTISSIMA

Ne craignez rien, je vous cueillerai dans votre haie pour me faire une guirlande, comme une jeune jardinière.

CHŒUR DES OISEAUX

Et nous aussi, nous avons fait ce que notre oiseleur nous avait commandé ; nous avons trempé au fond des bois les plumes de nos ailes dans des ruisseaux d’argent qui coulaient goutte à goutte, et que personne autre que nous ne connaissait. Nous avons aiguisé nos becs d’aigle sur le bord des nuages enflammés, et rougi nos gorges de fauvette au feu de bruyère des laboureurs. Oh ! que les villes étaient petites quand nous passions avec la nue, le cou tendu, sur leurs broussailles ! Avec leurs ponts et leurs murailles à sept enceintes, avec leurs vaisseaux dans le port, avec leurs clochers qui chantaient dès le jour, que de fois nous avons dit en les voyant sous l’ombre de nos ailes : Allons ! fondons sur elles ; c’est la couvée d’une fauvette qui se penche sur son nid pour prendre sa becquée. Sans jamais nous inquiéter, dans nos voyages, nous avons été, chaque année, chercher le grain d’or que notre oiseleur nous tendait, dans le creux de sa main, à travers l’Océan et le désert. A