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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/387

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il y a son principe ; devant lui, la pensée, l’action, la vie, sont saintes, ou peuvent être sanctifiées ; il n’éteint point l’homme, il le développe ; il ne l’écrase pas, il le relève.

Ce Dieu, qui est celui des chrétiens et de Platon, le bouddhisme ne l’a pas connu : de là cet abîme où, malgré de beaux commencemens, sa morale vient s’engloutir. Mais après avoir reconnu cette infériorité radicale et en avoir proclamé la cause, il faut, pour être juste, ajouter qu’avant d’approcher ce terme funeste de l’activité morale que le bouddhisme s’efforce d’atteindre, il parcourt glorieusement un vaste champ de mérite et de vertu. Si le but est faux, la route est belle. Heureusement aussi elle est longue, et ce qui est déplorable dans la doctrine est difficile. Heureusement tout le monde ne peut prétendre à cette perfection qui est un anéantissement. C’est le partage de quelques saints, Dieu merci, assez rares. Mais ce qui est à la portée de tous, ce sont des devoirs, inférieurs selon le bouddhisme, très supérieurs en réalité. Pour arriver au nirvriti, il faut commencer par être bienfaisant, charitable, humble, chaste, patient. — Ce n’est, il est vrai, qu’une préparation, mais elle doit prendre quelque temps, et ce temps au moins est employé à un perfectionnement véritable. — C’est un immense service rendu au monde que d’avoir enseigné efficacement ces vertus, et des prétentions même funestes à des vertus supérieures ne le peuvent effacer. D’ailleurs, ce qui dans le bouddhisme est un vice en théorie, a été quelquefois utile. Prêché à des races violentes et grossières, les races tartares par exemple, l’excès de son exaltation contemplative était pour elles sans danger, et a pu contribuer à les adoucir. Parmi des populations dominées par les intérêts matériels comme les Chinois, il était peut-être besoin, pour combattre cette tendance trop positive, d’une tendance exagérée à l’abstraction et au détachement des sens. Ce qui est certain, c’est que partout où l’on a pu observer son effet, on l’a trouvé très salutaire ; et je crois avoir fait en faveur du christianisme des réserves assez décidées pour pouvoir conclure en disant que, sous le rapport de la morale, le bouddhisme est le christianisme de l’Orient. Christianisme imparfait, christianisme informe, si l’on veut ; c’est encore beaucoup. La chose est si vraie que nulle part le christianisme n’a trouvé plus de facilité à s’établir que dans les pays où le bouddhisme