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hommes et les génies pervers ; alors le monde est remplacé par le vide, il n’y a ni jour, ni nuit, ni soleil : les ténèbres règnent.

Tout cela forme un kalpa. Les êtres qui habitent les étages célestes supérieurs, où ne s’étendent pas ces catastrophes, ont une existence dont la durée dépasse de beaucoup une de ces révolutions : il en est dont la vie est égale à 80,000 kalpas.

On voit que les siècles ne coûtent pas plus aux bouddhistes que les mondes.

A divers points de cette série de siècles, à divers degrés de cette échelle de mondes, apparaissent çà et là des manifestations spéciales de la substance absolue d’où tout émane ; ces incarnations du suprême Bouddha s’appellent comme lui. Les bouddhas viennent, quand un âge est accompli, présider à l’âge qui va suivre ; ils paraissent dans notre univers pour redresser la voie et restaurer la doctrine. Le dernier qui ait paru est Sakya-Moui, le fondateur, le messie du bouddhisme, né aussi d’une vierge. Bouddha avait deux corps, l’un sujet à la naissance, à la mort, aux transformations ; l’autre était la loi elle-même, éternelle et immuable. La vie de ce dieu fait homme a fourni un thème inépuisable aux fables et aux légendes, d’autant plus qu’on ajoute à l’histoire de son existence terrestre le récit de ses incarnations antérieures dans toute l’étendue des siècles ; on fait de même pour les autres saints personnages, qui sont aussi des bouddhas, dont on raconte les transformations, les renaissances, les prodiges de pénitence, de charité ou de contemplation.

Ces légendes forment la partie populaire du bouddhisme : venons à sa partie morale.

C’est le beau côté du bouddhisme. A ceux qu’auraient repoussés les abstractions de sa métaphysique, ou les extravagances de sa mythologie, on pourrait dire : Cette religion, que vous méprisez, a proclamé la première l’égalité des hommes devant Dieu. Née dans l’Inde, pays de caste et d’exclusion, elle a foulé aux pieds la distinction des castes, elle a dit que tous les peuples étaient appelés ; persécuté par les brahmes, le bouddhisme a eu la gloire du martyre ; il a scellé sa foi à l’humanité de son sang. A peine est-il une vertu chrétienne qu’il n’ait prêchée : le détachement des sens, l’humilité, la mortification, la charité. Sa morale a des accens tendres