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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/378

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de Confucius, puis on passerait aux autres doctrines qui se servent des mêmes termes, classés de la même manière, et se bornent à les interpréter différemment. On posséderait ainsi la base de tout le système intellectuel des Chinois, on aurait la clef de leur logique et de leur style.

M. Rémusat, qui partageait cette manière de voir et approuvait ce plan, n’a rien fait pour l’exécuter. Plus curieux des points plus entièrement ignorés, après avoir donné un des quatre livres moraux, moins pour aider à approfondir la philosophie de Confucius que pour faciliter l’étude de sa langue, il s’est tenu quitte envers cette école, qui avait exclusivement absorbé et usurpé, selon lui, l’intérêt des missionnaires, et il s’est occupé surtout des opinions indépendantes qu’on avait trop négligées.

Le premier il a fait connaître un peu de la vie et des opinions du philosophe Lao-Tseu. Tel est le nom du principal rival de Confucius, du chef de la secte des Tao-Tsé, secte assez nombreuse pour avoir mérité d’être appelée une des trois religions de l’empire. Ce que M. Rémusat a traduit du livre de ce philosophe ne suffit pas pour faire connaître à fond son système, où l’on entrevoit une grande subtilité ; mais on en peut conclure qu’il a de nombreux rapports avec les idées platoniciennes ou pythagoriciennes, surtout comme les entendait l’école d’Alexandrie. Il parle du verbe (tao) qui a tout produit par les nombres : un a produit deux, dit-il, deux a produit trois, et trois a produit tout le reste. En même temps il semble tenir par certains côtés aux doctrines indiennes, qui placent le principe des êtres dans la négation de toute substance, et la fin de l’homme dans l’anéantissement de toute action ; doctrines sur lesquelles le bouddhisme nous forcera bientôt de revenir. M. Rémusat a entièrement négligé ces derniers rapprochemens, qui, je pense, ne tarderont pas à être démontrés ; quant au rapport des opinions de Lao-Tseu avec les opinions néoplatoniciennes, il l’a suffisamment établi, mais il l’a singulièrement expliqué. Partant d’une tradition assez vague et assez mêlée de fables, qui veut que Lao-Tseu ait voyagé du côté de l’occident, il a supposé qu’il était venu chercher sa philosophie chez les Grecs. Un Chinois à Athènes ! certes la rencontre eût été piquante ! Mais rien n’autorise à la supposer ; l’on sait que le mouvement philosophique s’est