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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/375

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le nom d’un autre disciple, Meng-Tseu ou Mencius [1] ; un troisième se compose de discours et d’apophthegmes recueillis de la bouche de Confucius lui-même ; enfin le quatrième, rédigé par son petit-fils, a été publié et traduit par M. Abel Rémusat ; il a rendu par invariable milieu les deux caractères dont se compose le titre, et qui, d’après les règles de sa grammaire et le commentateur chinois Tching-Tseu, qu’il cite (p. 8), devraient plutôt, ce me semble, signifier la fixité dans le milieu. Le milieu idéal, auquel tend la philosophie de Confucius, est un de ces termes abstraits et vagues dans le fond, qu’elle détermine avec une précision et combine avec une rigueur apparentes. Ce serait ici le lieu de chercher à indiquer les singulières corrélations d’idées et de signes qui jouent un si considérable et si curieux rôle dans la manière de raisonner, de raconter et d’écrire, que les Chinois ont adoptée. Mais je ne sais en vérité où trouver des expressions pour rendre ma pensée, ou plutôt pour traduire celle qui se loge dans l’étrange cerveau des Chinois. Je vais cependant m’efforcer d’en venir à bout et de dévoiler quelques-uns des secrets de leur esprit et de leur style. Personne que je sache n’a essayé de dire en français ce que je vais tâcher d’exprimer. C’est véritablement essayer l’impossible, car pour saisir quelque chose de tellement chinois, il faudrait se faire Chinois soi-même, penser et écrire en chinois. Or, c’est ce que le lecteur, pas plus que moi, n’est en état ni tenté de faire.

Le jeu des nombres tient une grande place dans les combinaisons de la pensée chinoise ; exacte et minutieuse, elle a tout compté : les élémens, les vertus, les vices, les qualités physiques et morales. Chacune de ces classes d’objets a son chiffre, son numéro, pour ainsi dire. Toutes les dualités, par exemple, forment une catégorie. Tels sont les deux principes de la nature, le ciel et la terre, le vide et le plein, etc. De même pour le nombre trois. Il y a des triades de divers genres ; une triade est formée par les trois vertus principales, une autre par les trois vices qui leur répondent, une autre par les trois plus anciens rois, une autre par le ciel, la terre et l’homme, etc. Au nombre quatre appartiennent les quatre mers,

  1. Cet ouvrage, plus considérable à lui seul que les trois autres livres moraux, a été traduit en latin, avec un choix de commentaires, par M. Jullien.