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ne se peut rien trouver qui peigne plus fidèlement l’état des mœurs antiques et des esprits neufs encore et déjà civilisés. Louanges d’un prince, épigrammes contre un ministre, lamentations sur les malheurs de l’empire, conseils pour l’en tirer, tels sont les sujets ordinaires de ces chansons inspirées, il y a trois mille ans ou plus, par l’évènement du jour. Quelquefois aussi, on y trouve l’expression touchante des sentimens domestiques dans leur primitive simplicité, parmi des traits d’une délicatesse étrange et d’une grace bizarre.

Les deux derniers kings n’ont pas été traduits : l’un est le livre des rites (li-ki ), l’autre est un ouvrage historique, le seul des kings dont Confucius soit l’auteur. Ce sont les annales d’un de ces royaumes indépendans, dont les guerres déchiraient l’empire. Cette histoire n’a point pour but de raconter le passé comme un fait, mais de le présenter comme une leçon. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que le récit paraît être fort sec et dénué de réflexions générales. M. Rémusat disait l’intention pratique de Confucius lui échapper complètement ; il soupçonnait que les allusions morales et pratiques que ce livre renferme tenaient uniquement à la valeur convenue et au choix significatif des expressions. Les artifices et les mystères du style chinois sont sans nombre ; ici le titre lui-même, Printemps et Automne, n’est probablement pas sans quelque secrète intention et quelque finesse cachée. A prendre la chose simplement, le nom des deux saisons principales désigne l’année, c’est comme qui dirait les années ou les annales ; mais il y a tout un cortège d’idées morales, et par suite, d’idées politiques, attaché au printemps, et l’automne a aussi en ce genre un accompagnement sous-entendu. De sorte que ce titre en dit plus qu’il ne semble d’abord. S’il en est de chaque phrase comme de ces deux mots, on sent qu’il y a dans ce livre de la pâture pour les commentateurs : aussi ne s’y sont-ils pas épargnés.

Immédiatement après les cinq kings viennent les quatre livres moraux : l’un, appelé la grande Étude [1], contient un chapitre attribué à Confucius et dix chapitres commentaires du premier, dont l’auteur est un disciple, nommé Thseng-Tseu ; un second porte

  1. Il a été traduit par M. Pauthier.