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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/369

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classe des lettrés ; les romans que nous connaissons font foi au contraire, dans les rapports où ils nous les montrent, d’une immoralité assez naïve et assez nue, et on ne trouve pas beaucoup à s’édifier sur leur compte dans les relations les plus récentes. Le commandant du vaisseau le Amherst, qui vient de parcourir leurs côtes, abordant et débarquant malgré eux où bon lui semblait, nous les fait voir aussi pusillanimes, aussi menteurs, aussi méprisables que possible. Eh bien ! ces mandarins, qui affectaient le dédain le plus stupide pour les barbares jusqu’au moment où ils commençaient à les craindre, qui employaient d’ignobles artifices pour déterminer le vaisseau anglais s’éloigner volontairement, puis le faisaient poursuivre de loin à coups de canon, et proclamaient qu’il avait fui devant la flotte impériale, quand la veille quatre matelots, allant couper un câble, s’étaient trouvés, sans le vouloir, maîtres du vaisseau amiral ; ces mandarins, qui revenaient sans pudeur sur leur décision, sitôt qu’on faisait mine de leur vouloir résister, qui, dans une ville de quatre cent mille ames, présidaient, par peur d’un équipage marchand, à son trafic avec les habitans, après l’avoir solennellement interdit ; ces mandarins avaient tous gagné leurs postes en argumentant sur la morale de Confucius. Je crains que tout ceci ne prévienne médiocrement en faveur de ce philosophe, ou ne semble bien sévère à son égard. Je ne voudrais pas aller au-delà de ma pensée et sembler injuste envers Confucius. Confucius fut un sage ; s’il lui manqua un élan et une flamme refusés peut-être à sa race, sa tentative fut élevée et son but honorable. Tombé dans des temps d’anarchie et de désordre, où l’unité de l’empire avait péri, brisée en une foule de petits états qui se faisaient la guerre, Confucius conçut la double pensée de retremper l’énergie personnelle des individus et de refaire l’unité de l’empire. Pour cela, il imagina, ou plutôt renouvela, en le régularisant, l’échafaudage moral et politique auquel il a attaché son nom, et qui étage, pour ainsi dire, la famille sur l’individu et l’état sur la famille. Il équilibra si habilement toutes les parties de son édifice, et, avec d’anciens matériaux, le construisit si bien dans le goût du pays, qu’il a duré jusqu’à nos jours, quoique assez creux, solide, et debout, malgré deux invasions. Son rêve de l’unité de la monarchie chinoise s’est réalisé. Si le succès de sa morale n’a pas égalé le triomphe de sa politique, c’est qu’il