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y ont dîné ; or ces deux voyageurs étaient des Anglais, qui dans une excursion, avaient découvert Chamouny dont on ne connaissait pas l’existence, ce village étant enfermé dans une vallée où l’on trouve, sans le secours du commerce extérieur, tout ce qui est nécessaire à la vie. Ces deux Anglais ignoraient tellement quels hommes habitaient ce pays inconnu, qu’ils y entrèrent, eux et leurs domestiques, armés jusqu’aux dents, et croyant probablement avoir affaire à des sauvages. Au lieu de cela, ils trouvèrent de braves gens qui les reçurent de tout leur cœur, et qui, ignorans eux-mêmes des beautés qui les environnaient, n’avaient jamais cherché à explorer le cours solide de cette mer de glace, dont l’extrémité descendait jusqu’à la vallée. La reconnaissance nous a fait leur consacrer cette pierre où ils ont trouvé un abri ; car en venant ici et en disant les premiers au monde entier ce qu’ils y avaient vu, ils ont fait la fortune du pays.

En achevant ces mots, Payot me montra un rocher formant voûte, sur lequel était gravée cette inscription, rappelant les noms des deux voyageurs et l’année de leur voyage :

POCOX ET WINDHEM. — 1741.


Après avoir fait le tour de la pierre, nous prîmes le chemin de l’auberge. En entrant dans la seule chambre dont elle se compose, j’aperçus un homme à genoux et soufflant le feu avec sa bouche. Payot m’arrêta sur la porte : — Vous vouliez voir Marie Coutet ? me dit-il.

— Qu’est-ce que c’est que Marie Coutet ? repris-je, cherchant à rappeler mes souvenirs.

— Le guide qui a été emporté par une avalanche.

— Oui, certainement, je voulais le voir.

— Eh bien ! c’est lui qui souffle le feu ; depuis qu’il a manqué d’être gelé, il est devenu frileux comme une marmotte.

— Comment ! c’est là l’homme qui est tombé dans la crevasse du grand plateau ?

— Lui-même.

— Croyez-vous qu’il veuille me raconter son accident ?

— Certainement : quoique ce ne soit pas une chose gaie, c’est