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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/35

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poignée et la lame de l’épée des archanges ne flamboyaient que dans mon sein ; il n’y avait de cieux infinis que ceux que mon génie pliait et dépliait lui-même pour s’abriter dans son désert… Mais peut-être l’heure va-t-elle sonner où la porte du Christ roulera sur ses gonds… Non, non ! Grégoire de Soana, tu as assez attendu ! Tes pieds se sont séchés à frapper les dalles ; tes yeux se sont fondus dans leurs orbites à regarder dans la poussière de ton caveau ; ta langue s’est usée dans ta bouche à appeler : Christ ! Christ ! et tes mains sont restées vides ; oui, elles sont encore vides, toujours vides comme tout à l’heure ! Regardez, regardez, mes bons seigneurs ; c’est la vérité : voyez ! que tous les morts me cachent leur blessure ! que tous les martyrs mettent leur plaie dans l’ombre ! je n’en peux guérir aucune. J’apporte en retour une toile filée par l’araignée à ceux qui ont donné leur couronne au Christ ; j’apporte, dans le creux de ma main, une pincée de cendres à ceux qui attendaient un royaume d’étoiles dans l’océan du firmament.

CHŒUR DE TOUS LES ROIS MORTS

Malheur ! malheur ! Qu’allons-nous devenir ?

LA CATHÉDRALE

Ça que feriez-vous donc tous, je vous prie, d’un royaume éternel, si je vous en donnais un ? Croyez-moi ! vos bras sont trop maigres, vos mains sont trop froides, pour porter de nouveau ni sceptre, ni bulle, ni couronne. Deux ou trois jours de vie à vous tenir debout ont séché la moelle dans vos os. Que diriez-vous, s’il fallait porter comme moi, été, hiver, sur votre tête, sans fléchir, un diadème de rochers sous la neige et sous la pluie ? Allez ! quand l’horloge a sonné sous mes arceaux, l’heure qui tremble ne dit pas à l’Éternité : Arrête-moi sur le bord de la cloche ; je veux durer, je veux vibrer toujours ! Et moi, je suis l’Éternité visible sur la terre. Vous êtes, vous, l’heure errante qui s’est vêtue dans le monde, en courant, de son manteau retentissant. Maintenant, que je me joue de vous, s’il vous plaît, mes heures couronnées, oh ! si fragiles, est-ce possible ? oh ! si fantasques ! oh ! si bruyantes ! allons ! amusez-moi, égayez-moi, déridez-moi, mes belles heures empourprées ! Faites sonner en carillon, faites vibrer dans l’air les uns contre les autres, comme ferait un sonneur qui marquerait ma journée, vos mitres de papes, vos crosses d’évêques, vos