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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/329

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Don Roderik, les Noces de Triermain et Harold l’Intrépide doivent être placés à un rang secondaire ; ces poèmes renferment quelques beaux passages, mais ils sont écrits d’une manière inégale, et ni pour le plan, ni pour l’exécution, ils ne peuvent être mis à côté des cinq magnifiques romans qui les précédèrent. Un grand défaut se fait surtout sentir dans Don Roderick, c’est l’étrange rapidité avec laquelle le poète passe de l’histoire de Roderick à celle du duc de Wellington ; les temps anciens sont ici maladroitement réunis aux temps modernes, et cette narration ressemble à un homme qui aurait l’échine du dos brisée. Les parties extrêmes sont vivantes, mais elles manquent de la force musculaire qui devrait les rallier. Quant aux deux autres poèmes, leur principal défaut consiste en ce qu’ils nous représentent des personnages et des évènemens trop éloignés de nous pour exciter notre sympathie, car à peine nous intéressons-nous à l’histoire d’Angleterre avant la conquête des Normands ; et Walter Scott dut reconnaître, par le peu de débit de ses nouveaux ouvrages comparé à celui des précédens, qu’il avait déjà donné au public assez de festins où se trouvaient en abondance « le chapon, le héron, la grue, le paon au plumage d’or, la hure de sanglier et le cygne des eaux de Sainte-Marie : »

On capon, heron-shew, and crane,
The princely peacock’s gilded train,
On tusky boar’s head garnished brave,
And cygnet from St. Mary’s wave.

D’ailleurs un nouveau poète avait apparu avec une telle profondeur de pensées, une richesse de style si passionnée, et tant de récits merveilleux sur les peuples étrangers, qu’il attira tout le monde à lui. Ce poète, c’était Byron ; s’il avait précédé Walter Scott, nul doute que ses pachas et ses brigands maritimes, qui joignent une seule vertu à une foule de vices, n’eussent cédé le pas à la chevalerie du nord ; mais il obtint l’ascendant, et Walter Scott lui abandonna la place, pour porter sa bannière sur un autre terrain, où personne, si ce n’est Cervantes, ne peut lutter avec lui.

Scott est un poète vraiment national et héroïque. Il choisit pour théâtre son pays, et prend ses héros et ses héroïnes dans l’histoire et les traditions anglaises. Il y a dans ses vers une facilité, un mouvement et un coloris étonnans ; ses poèmes présentent une succession de figures historiques composées d’après toutes les proportions exactes de la statuaire, et parlant et agissant au gré du poète. Cependant, avec cette élégance de formes, avec cette précision de dessin qui les fait ressembler à des œuvres