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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/327

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consonances choquantes. Bien qu’il y eût des beautés pittoresques et de la force dans ses compositions antérieures, sa ballade de Glenfinlas fut le premier poème qui révéla son génie. C’est un admirable morceau ; le monde idéal s’y trouve réuni au monde positif ; l’héroïsme guerrier à l’amour d’une femme, et les idées du nord y sont empreintes d’une manière caractéristique. D’autres ballades presque aussi belles suivirent celle-ci, et réunies, elles furent publiées sous ce titre : Chants nationaux de la frontière écossaise (THE MINSTRELSY OF THE SCOTTISH BORDER), où grand nombre de légendes martiales et romantiques de nos ancêtres apparurent pour la première fois. Cet ouvrage est remarquable par les grandes connaissances qu’il accuse en fait de traditions, d’histoire et de poésie. Après avoir ainsi placé les ballades écossaises dans un sanctuaire digne d’elles, le poète tourna ses pensées vers un but plus original et plus élevé.

En 1805, c’est-à-dire à l’âge de trente-cinq ans, il fit paraître le Lai du dernier ménestrel (THE LAY OF THE LAST MINSTREL). Il y a dans ce poème quelques-uns des passages les plus tendres que jamais Walter Scott ait écrits, des peintures admirables de grace et de délicatesse, et des scènes remplies d’une ardeur guerrière et d’une vigueur toute poétique. Le sujet est mystique, et l’emploi de la magie n’est pas justifié par les exploits qu’il s’agit d’accomplir. Le génie de la vieille Écosse, telle qu’elle était aux jours où la couronne parait sa tête, et le sentiment de sa gloire, y respirent à chaque page.

Vient ensuite Marmion, épopée pleine de combats entre les esprits, les chevaliers et les princes ; l’amour n’y manque pas, mais il s’y montre un peu trop malheureux quand il est pur, et d’assez mauvais exemple quand il a du succès. Le charme de ce poème repose en grande partie sur le vieux comte d’ Angus et la bataille de Flodden, à laquelle toutes les batailles anciennes et modernes doivent céder le pas. Jacques met le feu à ses tentes, descend de la montagne. et court à la rencontre de Surrey au milieu des nuages de fumée, et le tourbillon de la bataille, et les vicissitudes d’une lutte ardente et désespérée, et le sort de tous ces hommes que nous suivons avec un sentiment de haine ou d’amour, se trouvent ici admirablement dépeints. La narration est vive et ardente. Le public accueillit Marmion avec enthousiasme et témoigna le désir de recevoir encore beaucoup de poèmes marqués de la même empreinte originale et puissante.

La Dame du lac (THE LADY OF THE LAKE), publiée en 1810, est une histoire romantique, pleine de situations intéressantes, de sentimens chevaleresques, d’incidens remarquables. On peut même la regarder comme une épopée nationale : il s’y trouve des batailles, des combats singuliers, et