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comme une œuvre honorable pour celui qui en est l’auteur. Le poète n’a vu que le beau côté de la scène ; un homme qui a de bons fruits dans ses jardins, des vins choisis dans sa cave, des mets recherchés sur sa table, et des capitaux agissant pour lui à la banque, pendant qu’il dort, ne peut pas envisager la vie humaine comme un présent de peu de valeur. S’il est bon, il aime à se représenter ses semblables bien nourris, bien logés, et doucement traités :

Well fed, well lodged, and gently handled.

Le dernier poème de Rogers est intitulé l’Italie. Il est plein de vers charmans, de descriptions brillantes comme les paysages de Claude Lorrain, et de groupes de figures inventées connue pourrait le faire Flaxman, et gracieuses comme celles de Chantrey. Une nouvelle preuve vient ici témoigner encore de son goût, c’est le soin qu’il a pris de confier l’embellissement de son livre au pinceau de Stothard et de Turner, et le travail de ces deux artistes surpasse en simplicité et en race exquise tout autre travail du même genre.

Rogers est du reste un poète opulent ; il est banquier, et fort estimé comme tel. Il habite une belle maison, située place Saint-James, et possède un bon choix de tableaux de son ami Reynolds, et plusieurs raretés curieuses, entre autres le traité de Milton pour le Paradis perdu, et celui de Dryden pour sa traduction de Virgile, portant la signature des deux poètes. C’est l’homme de bon ton et l’homme aimable par excellence. Il a toujours joui sans orgueil de sa fortune et de sa renommée. Sa conversation est brillante, variée, concise et épigrammatique. Il a vécu dans la société des hommes instruits, distingués, et peut dire sur tous ceux qu’il a connus quelque chose d’intéressant. Roger est aujourd’hui âgé de soixante-dix ans, et comme il a beaucoup vu, et qu’il ne manque pas d’un certain talent d’observation, il pourrait faire, en recueillant ses souvenirs, un livre du plus grand intérêt. De tous nos poètes, c’est celui dont le goût en peinture et en sculpture peut être regardé comme le meilleur.

SCOTT. — Quelques-uns des poètes célèbres de nos jours ont cherché leur inspiration dans l’époque actuelle. Sir Walter Scott l’a puisée dans le passé. Sa muse, contemplant le siècle où nous vivons, n’y trouva que de pauvres sujets de poésie. Elle dédaigne de s’associer à ce temps où ne se retrouve plus ni l’ame de la chevalerie, ni l’éclat pittoresque du moyen-âge, ni la magnificence antique. Elle porte les yeux autour d’elle, et, voyant le monde rempli de filatures, de machines à vapeur, les hommes occupés à tracer des chemins de fer, à creuser des canaux, ou à terminer