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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/311

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entretenir le lecteur n’était qu’un paysan, et son instruction répondait à son humble fortune [1]. Robert Burns naquit à Doon, près de la vieille église d’Alloway, le 25 janvier 1759. Ses premières années s’écoulèrent sacrifiées à des travaux au-dessus de ses forces ; on employait tour à tour le pauvre enfant à faire la moisson, à recueillir le blé, à battre à la grange, et avant l’âge de quinze ans, il devait labourer la terre. Telle était alors sa situation, qu’en jetant un regard vers l’avenir, il n’avait, dit-il lui-même, « rien de mieux à attendre que des fatigues de forçat, et une vieillesse de mendiant. » Mais des pensées plus riantes vinrent se mêler à cette condition obscure, et le flambeau de la poésie éclaira cette triste perspective.

Sa sensibilité était profonde, ses passions étaient ardentes, impétueuses ; il aimait, ou pour mieux dire, il adorait tout ce qu’il voyait revêtu d’une apparence de grace et de beauté. Sa parole était éloquente et inspirée dès qu’un joli visage voulait lui sourire.

Un de ses rustiques amis s’expose-t-il à sa colère, l’épigramme, la satire mordante ne lui manquent pas. Il attribue ses premiers essais à l’amour naïf d’une jeune fille qui travaillait à ses côtés pendant la moisson, et ses derniers vers sont écrits pour une fière et dédaigneuse beauté à laquelle il prodigue en vain l’encens le plus pur, l’hommage le plus poétique. C’est une remarque assez curieuse à faire que les morceaux de poésie les plus naturels, les plus passionnés peut-être de la littérature anglaise, aient été composés par un garçon de labour, et pour l’amour d’une paysanne.

Burns travaillait à la culture des champs sous la direction de son père, et quand celui-ci fut mort, le poète redoubla de zèle pour soutenir par son travail sa mère, ses frères et sœurs. Un sol aride, des saisons mauvaises,

  1. Il est bon d’observer que l’éducation commune des paysans écossais est de beaucoup supérieure à celle que le fils du bourgeois reçoit dans d’autres pays. Les chaumières du plat pays d’Écosse sont remplies d’une population rustique, mais civilisée, théologienne, poétique, habituée à la discussion des matières les plus graves, et qu’il est impossible d’assimiler aux paysans de nos campagnes et même aux ouvriers de nos faubourgs. Une moralité religieuse et sévère règne dans ces campagnes ; et l’homme le plus pauvre possède une Bible, un recueil de vieilles ballades, quelques volumes dépareillés de Shakspeare, et souvent le Fidèle Berger de Ramsay. Robert Burns naquit dans une de ces cabanes.