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aux sources les plus authentiques, à représenter la physionomie des hommes morts ou vivans avec la plus entière impartialité.

COWPER. — Au premier rang de cette suite de poètes illustres qui firent revivre dans les vers anglais les idées vraies et naturelles, il faut placer William Cowper. Il était de naissance noble. Dans sa jeunesse, il se montra studieux et passionné pour la poésie. Ses parens le destinaient au barreau, chose moins incompatible avec les goûts de poète qu’on ne semble généralement le croire ; Walter-Scott peut nous en donner la preuve. Mais Cowper tenait de sa mère une timidité naturelle qui le rendait trop sensible pour lui permettre de réussir dans une profession qui réclame une certaine hardiesse d’esprit et une assurance à laquelle il essaya en vain de s’habituer. Ce défaut d’organisation, en l’empêchant d’entrer comme greffier à la Chambre des Lords, ruina sa fortune en assurant sa gloire. Sa tristesse de cœur l’entraîna vers les idées religieuses ; l’étude des saintes Écritures le porta vers la poésie, et lorsque ses œuvres commencèrent à obtenir les suffrages du public, la douleur qui pesait comme un nuage sur son ame passa, et le poète et l’homme surgirent comme le soleil en plein midi. Il n’y a rien dans toutes les biographies de plus agréable à observer que le moment où la gloire arrache l’ermite à sa retraite, où des parens nobles se retrouvent ses parens. Ses lettres, qui exprimaient naguère tant de craintes sur le présent, tant de doutes sur l’avenir, s’éclaircissent, deviennent riantes et joyeuses ; sa muse prend une démarche plus hardie, et s’échappe pour jouir du soleil et de l’air, et des bruissemens des ruisseaux, de la mélodie des bois, et de la société des jeunes filles naïves et des jeunes gens pleins de candeur.

En 1782, Cowper fit son entrée dans le monde comme poète. Il publia : 1° les Causeries de table ; 2° le Progrès de l’erreur ; 3° la Vérité ; 4° la Supplication ; 5° l’Espérance ; 6° la Charité ; 7° la Conversation ; 8° la Retraite. Le titre de ces ouvrages en indique le caractère ; le but de l’auteur en les écrivant était d’exprimer ses sentimens intimes sur la beauté, la vérité, et les joies de la religion. C’est là, si l’on veut, un thème vulgaire qui rentre dans les attributions du prédicateur, mais Cowper ne le traita pas d’une façon vulgaire ; son style est poli, vigoureux, plein de justesse. On y trouve des saillies de satire inexorable, des peintures ravissantes et pures, semées comme les fleurs sur le gazon, avec grace et avec luxe. Le monde s’étonna de voir apparaître ce nouveau censeur, et un assez grand nombre de critiques, ne jugeant la poésie que par habitude, hésitaient à lui accorder le mérite de l’inspiration. Vers la fin de l’année 1784, à peu près à l’époque où mourut Johnson, on vit paraître la Tâche (THE TASK), le plus bel ouvrage de Cowper. Il donne lui-même dans sa