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chez un peuple où le caractère qui exprime l’idée de gouvernement, a pour signe radical l’image d’un bâton. Au ministère des travaux publics correspond le conseil qui porte le même nom il en est de même du ministère de la guerre ; enfin il y a un sixième conseil des emplois, chargé du personnel de toutes les autres administrations. C’est ce conseil dont je parlais plus haut. En outre, il y a une académie qui est en même temps une sorte de conseil d’état. La dignité d’académicien est en Chine la plus éminente de toutes, car l’autorité politique y marche toujours de pair avec l’élévation littéraire.

On a peut-être été surpris d’y trouver un almanach impérial, on le sera plus encore d’apprendre qu’il y existe un Moniteur. On peut donner ce titre à la Gazette impériale, journal officiel et unique. En ce qui est opinion purement spéculative, la liberté de la presse est complète, toutes les doctrines philosophiques peuvent se produire et se sont produites librement, depuis le mysticisme le plus extravagant jusqu’au plus grossier matérialisme. Mais si l’on effleure la personne ou la famille de l’empereur, si l’on a le malheur de tracer le caractère qui a l’honneur de servir à écrire son nom, sans le placer hors de ligne en haut de la page, et mettre au devant l’épithète honorifique de rigueur, on s’expose soi et les siens à être coupé en morceaux.

Comme je l’ai dit, à l’exception de la notice sur la Chine et ses habitans, dont je viens de présenter les principaux traits, M. Rémusat a plutôt cherché, dans les auteurs chinois, des lumières sur la géographie des pays environnans que sur celle de la Chine elle-même.

C’est ainsi qu’il a traduit une description du royaume de Camboge, dans la presqu’île orientale de l’Inde, rédigée par un officier chinois qui, à la fin du XIIIe siècle, remplit une mission dans ces contrées encore aujourd’hui peu connues des Européens. L’année de ce voyage, 1295, est précisément celle où Marc-Pol revint en Europe ; lui aussi avait reçu des missions semblables dans les mêmes régions. M. Rémusat ne jugeait pas impossible que les voyageurs se fussent rencontrés ; singulier rapport entre deux destinées rapprochées de si loin ! Puis ils se seraient quittés, l’un pour aller en Chine imprimer son voyage, traduit de nos jours, l’autre pour venir