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de M. Rémusat a été de mettre en lumière. Il n’y aurait rien d’impossible à ce que le moine allemand inconnu qu’on fait inventeur de la poudre à canon, à ce que ce mystérieux Fust, dont on a mêlé l’histoire à la légende fabuleuse du magicien Faust, à ce que ces hommes, ou d’autres, eussent reçu ces secrets de quelques-uns des nombreux voyageurs que l’esprit d’aventure, de prosélytisme ou de commerce poussait dans l’ombre aux extrémités de l’Asie.

Seulement il semble que ces connaissances auraient dû pénétrer plutôt en Occident, au temps des invasions mongoles, qui paraît avoir été celui des rapports les plus fréquens entre l’Orient et l’Europe. Il est singulier aussi que Marc-Pol qui passa plusieurs années au service d’un empereur de la Chine, qui fut envoyé par lui dans diverses parties de ses vastes états, pour y observer ce qui était digne de l’être, et qui, de ces observations faites pour le monarque tartare, a composé la relation si intéressante qu’il nous a laissée ; il est singulier qu’un homme, qui avait tant vu et savait si bien voir, n’ait pas rapporté un secret qu’il devait connaître, puisqu’à l’époque où il se trouvait en Chine, la typographie y était employée depuis trois siècles. Quoi qu’il en soit, une gloire restera à l’Europe, bien supérieure à celle de l’invention première qui peut être due au hasard, la gloire du perfectionnement et de l’application où le hasard n’entre point. La poudre à canon ne servait pas aux Chinois, comme on l’a dit, seulement pour les feux d’artifice, puisqu’au dixième siècle ils avaient des chars à foudre, de véritables canons désignés par l’onomatopée assez expressive de pao. Plus tard ils sont mentionnés dans une expédition du général mongol Souboutai, et le petit-fils de celui-ci avait un corps d’artilleurs chinois dans son armée, en 1255, un siècle avant la bataille de Crecy, la première en Europe où cette arme ait figuré ; mais depuis cette époque, l’artillerie chinoise n’a pas fait un progrès. Quelle distance au contraire d’un artilleur de Crecy à un artilleur de Waterloo !

L’imprimerie a débuté en Europe par le procédé où elle s’est arrêtée à la Chine, l’emploi des planches de bois mobiles, et cette analogie est une raison de plus de croire à une influence de la seconde sur la première. Mais l’imprimerie européenne, encore entre les mains de ses inventeurs, ou de ceux qui passent pour