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viola tricolor… Eh bien ! les Chinois, guidés par cet instinct de classification systématique qui leur est naturel, ont rencontré, en inventant leur écriture, ces procédés de la terminologie linnéenne ; ils ont formé les caractères destinés à désigner les espèces, comme Linnée formait ses appellations binaires, de deux parties, l’une commune à toutes les espèces du genre, l’autre variable dans le nom de chacune d’elles. Seulement, comme leur langue écrite ne s’adresse qu’aux yeux, ils ont dessiné par des figures ce que Linnée exprimait par des mots. Pour désigner le loup et le renard, par exemple, ils ont tracé deux caractères ayant chacun une partie variable, qui désigne l’espèce, et une partie commune, qui est le nom écrit du chien, type du genre. On voit, je le répète, que c’est une traduction, une transcription en signes figuratifs de l’appellation binaire de Linnée.

Ce qui fait le plus d’honneur à l’esprit d’observation et d’analogie des Chinois, c’est d’avoir reproduit souvent, dans leur classification, des rapports existant réellement entre les êtres, et avoués des naturalistes modernes. Ainsi, dit M. Rémusat, le loup, le renard, la belette et les autres carnassiers, furent rapportés au chien ; les diverses espèces de chèvres et d’antilopes au mouton ; les daims, les chevreuils, l’animal qui porte le musc, au cerf ; les autres ruminans au bœuf, les rongeurs au rat, les pachydermes au cochon, les solipèdes au cheval… Voilà des familles vraiment naturelles : ce n’est pas un petit honneur pour les Chinois de reproduire, en quelque chose, la nomenclature inventée par Linnée et les divisions adoptées par Cuvier.

La désignation des insectes par un mot qui veut dire : les animaux dont les os sont en dehors du corps, est remarquable. Des idées récentes sur l’anatomie comparée, particulièrement des crustacées, que les Chinois confondent avec les insectes, aboutissent précisément à justifier cette singulière expression.

Ces heureuses rencontres des Chinois, dans quelques parties de l’histoire naturelle, contribuèrent sans doute à diriger de ce côté les travaux de M. Rémusat. Ce qu’il avait entrepris était immense ; il voulait faire un tableau complet des connaissances que les Chinois possèdent relativement aux animaux, aux végétaux et aux minéraux, donner pour chaque objet la synonymie en chinois, en