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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/252

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éprouver à leurs hôtes et à leurs créanciers. « Tous les étrangers réfugiés et malheureux sont, dit-il, en butte à la même aversion. Un Russe de ma connaissance vint en Angleterre, il y a deux ans, avec une petite valise. Juste ciel ! quel mal il dit de nous ! Je le vis, il y a peu de temps, comme il venait nous faire sa seconde visite ; il était ravi de tout ce qu’il voyait : quels progrès le peuple avait faits ! que nous étions hospitaliers ! — À quoi pouvait tenir cette différence dans le jugement que le Russe portait de nous ? À ce que, dans l’intervalle qui s’était écoulé entre ses deux voyages, son oncle était mort, et lui avait légué une grande fortune. Ni à sa première visite, ni à la seconde, ces bonnes gens n’avaient considéré l’étranger : à l’une, ils avaient regardé sa petite valise ; à l’autre, ses trois voitures à quatre chevaux. »

M. Bulwer n’a pas jeté un coup d’œil moins sagace sur les classes inférieures que sur l’aristocratie. Son chapitre de l’influence des cabarets sur la santé et les mœurs du peuple, résultat d’une enquête près du boroughreeve de Manchester, M. Braidley, est un morceau plein d’intérêt et de vues nouvelles. Ses considérations sur l’armée, peu favorables an régime anglais, sont assez puissantes pour provoquer une réforme dans cette partie de l’administration. Mais ses portraits sont surtout caractéristiques ; ils expliquent, en quelque sorte, les opinions émises au commencement de cet ouvrage, et forment comme une suite de pièces justificatives aux assertions de l’auteur. Le livre de M. Bulwer a eu un grand succès en Angleterre ; un pareil succès l’attend ici.



F. BULOZ