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le déboutant dans l’affaire des colporteurs arrêtés, par l’ordre de M. Gisquet, sur la voie publique. M. Gisquet n’avait pas seulement transgressé la loi, il l’avait bravée ; et pour le défendre, M. Persil venait demander naïvement au tribunal d’imiter M. Gisquet, attendu, disait-il, que les journaux sont ennemis de la justice. Dans son réquisitoire, qui mérite d’être répandu dans toute la France, M. Persil avance aussi qu’il faut absolument sévir contre ces hommes qui ne craignent pas de dire aux ouvriers « qu’ils sont hommes comme les autres ». On ne saurait rien voir de plus maladroit que ce réquisitoire. C’est une véritable fatalité pour un gouvernement qu’un homme tel que M. Persil, qui, de médiocre avocat, et d’honnête interprétateur d’hypothèques qu’il était, est devenu tout à coup un fougueux inquisiteur qu’on dirait échappé d’un couvent espagnol. On a comparé M. Bellart à M. Persil ; M. Bellart était plus susceptible de raison et de prudence, et il mettait moins légèrement en péril les ministres qui l’employaient.

L’ouverture du Théâtre-Français a eu lieu cette semaine ; M. Fontaine, qui s’était chargé de la décoration de la salle, s’est montré digne de sa réputation. L’architecte des Tuileries et du Palais-Royal n’a pas jugé à propos de faire des frais d’imagination pour une salle de théâtre. Il n’est pas de café de faubourg qui ne soit décoré avec plus de goût et de sentiment de l’art. M. Chenavard, à qui M. Fontaine a enlevé ce travail, lui doit des remerciemens et une sincère reconnaissance. Les dessins de M. Chenavard seront publiés prochainement, et achèveront de relever le mérite de M. Fontaine. On assure que le triste barbouillage du Théâtre-Français n’a pas coûté moins de 62,000 francs. La salle de l’Opéra, la plus vaste et la plus noblement décorée de toutes les salles de théâtre, a été complètement peinte, avec toutes ses fresques et ses dorures, pour 52,000 francs. En attendant mieux. M. Chenavard a été chargé par le ministère de la décoration de l’Opéra-Comique.


Les décors du petit théâtre de Chantilly, construit par le prince de Condé, et où M. le duc de Chartres avait fait ses débuts dramatiques viennent d’être mis en vente pour le compte de la liste civile. Cette vente produira à peu près six cents francs, et les habitans de Chantilly seront privés du seul théâtre qu’ils avaient.

Le théâtre du Vaudeville ne se vend pas, mais M. Arago, son directeur, se retire. M. Arago est un homme d’esprit et de talent, qui était d’un grand secours à son théâtre. Il l’abandonne par suite des désagrémens que lui ont suscités ses co-associés, en faisant représenter, pendant son absence, un vaudeville de M. Ancelot, intitulé LES TÊTES RONDES ET LES CAVALIERS, où se trouve un grand nombre d’allusions carlistes.