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de chaume, sous un bois de chênes. Tu mangerais ton pain en sûreté, comme l’enfant à la porte de son père. Car alors ton soleil était doux, ta mer était paisible, tes îles étaient parfumées, quand tes peuples naissaient avec les herbes de tes rivages. Mais à présent tes fleurs respirent le sang, et l’hysope du Golgotha croît partout sur tes montagnes. O Italie ! qu’as-tu donc fait ? Le bruit qui m’a réveillé dans la nuit s’approche à chaque instant. On dirait que le cheval de l’Apocalypse court échevelé sur le penchant des Apennins, et qu’il frappe, de la corne de ses pieds, les tombeaux qui bordent les chemins de l’empire.

(Un messager arrive aux pieds de la tour.)

Salut, beau messager, qu’as-tu rencontré sur ta route ?

LE MESSAGER

J’ai rencontré dans les forêts des aigles qui glapissent, et des loups qui hurlent dans les ravins. N’est-ce pas là le bruit qui vous a éveillé ?

(Un autre messager arrive.)

L’EMPEREUR DOROTHÉUS

Et toi, beau messager, dis-moi ce que tu as entendu.

LE MESSAGER

J’ai entendu les avalanches dans les Alpes qui roulaient dans le fond des vallées, et les cerfs qui bramaient sous les branches des frênes. Est-ce là le bruit qui vous a tenu éveillé ?

(Un troisième messager arrive.)

L’EMPEREUR DOROTHÉUS, au messager

Et toi, qui portes des sandales ferrées, dis-moi ce que tu as vu.

LE MESSAGER

J’ai vu les eaux vertes du Danube, qui grondaient sur des rochers de granit, comme la voix d’une foule en colère.

CHŒURS DES PEUPLES BARBARES
CHŒUR DES GOTHS, dans le lointain

« Savez-vous un bon signe pour l’homme des combats ? C’est un bon signe, si le cliquetis du glaive est accompagné du cri du corbeau, et des hurlemens de la louve de Freya sous le frêne d’Ygdrasil. Le vautour des montagnes sait le sentier où va mourir le