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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/224

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le plus de place et le rang le plus honorable sont, sans contredit, les feuilles littéraires et scientifiques. Quant aux journaux politiques, je n’ai pas besoin de dire où ils en sont pour l’esprit d’indépendance et la liberté d’examen : la diète de Francfort est là, comme ces méchantes femmes qui deviennent plus revêches à mesure qu’elles vieillissent, et plus impatientes à mesure qu’on les contrarie ; c’est elle qui porte sur toutes ces petites souverainetés, dont le salut absolutiste est remis à sa garde, un œil de lynx ; c’est elle qui épie les journalistes, qui scrute leurs œuvres et leur pensée, qui interprète le mot douteux et traduit la citation étrangère, qui sermonne les censeurs et réveille le zèle des agens de police ; c’est elle qui est à la fois le lion de Saint-Marc et le sénat de Venise, qui accuse et condamne, qui ouvre sa large gueule pour recevoir les dénonciations et pose la sellette pour en faire bonne et prompte justice. La suppression brutale de quelques feuilles élevées au-dessus du diapason toléré par la conférence, doit apprendre aux journalistes leur devoir ; et le cachot de Wirth, le courageux rédacteur de la TRIBUNE ALLEMANDE, peut servir de leçon à ceux qui feraient mine de se regimber contre les désirs de la diète.

Donc, n’allez pas chercher dans les journaux politiques allemands une étincelle de cette liberté parlementaire, qui se retrouve dans les feuilles anglaises et dans les nôtres. Les états soi-disant constitutionnels, comme, par exemple, le pays de Bade, le royaume de Wurtemberg, le duché de Darmstadt, etc., souffrent encore, il est vrai, la discussion d’un projet de loi, l’examen d’un système ministériel, mais tout cela avec tant de détours obligés, avec tant de circonlocutions, que le travail d’entourage rétrécit singulièrement le fond de la pensée. On dirait d’un poète classique qui ne peut parler comme tout le monde, et qui est obligé de faire une longue périphrase pour nous donner à comprendre, à travers mainte image, mainte métaphore, qu’il fait nuit ou qu’il fait jour.

Mais sortez de cette quasi-liberté d’expression pour en venir aux états où les désirs de la diète sont regardés comme chose sainte et inviolable, et voici bien une autre affaire ! — N’allez pas croire au moins qu’ici les feuilles se fabriquent à coups de ciseaux ; non pas, vraiment ; ce serait trop joli ! Hélas ! il faut, au contraire, que ce pauvre rédacteur sue beaucoup pour arranger un fait, dénaturer un discours et grossir une façon d’émeute. Prenez, par exemple, le journal de Leipsig (LEIPZIGER ZEITUNG), le CORRESPONDANT DE NUREMBERG, le STAATSZEITUNG ou Moniteur de Berlin, sans en excepter la GAZETTE D’AUGSBOURG, et vous pourrez juger de tout ce qu’il a fallu de patience, d’efforts, et, j’ose le dire, de génie, au directeur de ces feuilles pour nous assaisonner une série de nouvelles si article