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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/207

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entends-tu ? -Elle sortit en faisant une révérence un peu raide, et la conversation continua. Au bout de quelques minutes, une servante vint annoncer le dîner, et après plusieurs cérémonies au passage de la porte, le bailli, pour montrer le chemin à son hôte, marcha devant et le conduisit dans la salle à manger.

Sans faire aucune attention à sa femme, qui se tenait debout près de la table, une serviette au bras, le magistrat prit une chaise, montra de la main au comte celle qui était en face, et s’assit. Le comte de Morvelle partit embarrassé : — C’est la place de madame, dit-il en hésitant.

— Monsieur le comte, répondit le bailli avec le plus grand sérieux, cette place est la vôtre : c’est la coutume de Franche-Comté, que le mari soit servi par sa femme : c’est un usage patriarcal, et, pour ma part je l’approuve fort. Mais je puis y déroger pour aujourd’hui, afin de ne point choquer un hôte qui honore ma maison.

Alors se tournant du côté de la dame, toujours droite et silencieuse : — Femme. dit-il avec son ton habituel d’autorité et sans oublier le refrain qui accompagnait toujours ses allocutions conjugales, femme, puisque M. le comte le permet, tu peux t’asseoir et dîner ; entend-tu ? — Le repas, commencé d’une si étrange manière, s’acheva sans aucun incident remarquable. M. de llorvelle prit congé de son hôte, et se dirigea vers l’hôtel du Soleil d’Or, dont la vieille enseigne venait d’être remplacée par un écusson aux armes de la province, avec ces mots : Au rendez-vous de la noblesse !

En entrant à l’auberge, où son valet de chambre avait déjà répandu le bruit de son arrivée, le comte fut agréablement surpris de trouver deux billets à son adresse qui devaient faciliter beaucoup ses démarches préliminaires auprès de ceux dont il briguait les suffrages. L’un de ces billets lui annonçait que la Société des vieux Comtois se réunirait à trois heures précises au Soleil d’Or, et l’invitait, comme membre d’une très ancienne maison du pays, à faire partie de la réunion. L’autre, signé Laurencin de la Grange-aux-Poules, lui faisait part du désir qu’avaient plusieurs électeurs, de conférer avec lui sur le fait de sa candidature ; le rendez-vous était pour six heures, dans une maison située sur le chemin de Dôle, à peu de distance de la ville.

A l’heure fixée pour le premier de ces rendez-vous, le comte fut