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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/140

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très-clairvoyant les chances d’ennui et de dépendance qui allaient s’augmentant d’un côté, de l’autre les chances d’avenir et de triomphe qui étaient encore vertes et séduisantes. Une certaine princesse allemande ; grande liseuse de romans et renommée pour le luxe de ses équipages, débitait des œillades sentimentales qui, au spectacle, attiraient dans leur direction magnétique tous les yeux vers la loge du comte. Une prima donna, pour laquelle quantité de colonels s’étaient battus en duel, invitait souvent le comte à ses soupers et le raillait de sa vie bourgeoise et retirée.

Des jeunes gens, dont il faisait du reste l’admiration par ses gilets et les pierres gravées de ses bagues, lui reprochaient sérieusement la perte de sa liberté. Enfin il ne voyait plus personne se lever et se dresser sur la pointe des pieds quand lady Mowbray, appuyée sur son bras, paraissait en public. Elle était encore belle, mais tout le monde le savait ; on l’avait tant vue, tant admirée ! il y avait si longtemps qu’on l’avait proclamée la reine de Florence, qu’il n’était plus question d’elle et que la moindre pensionnaire excitait plus d’intérêt. Les femmes osaient aborder les modes que la seule lady Mowbray avait eu le droit de porter ; on ne disait plus le moindre mal d’elle, et le comte entendait avec un plaisir diabolique répéter autour de lui que sa conduite était exemplaire, et que c’était une bien belle chose que de s’abuser aussi longtemps sur les attraits de sa maîtresse.

La douleur de Metella, en se voyant négligée de celui qu’elle aimait exclusivement, fut si grande que sa santé s’altéra, et que les ravages du temps firent d’effrayants progrès. Le refroidissement de Buondelmonte en fit à proportions égales ; et lorsque le jeune Olivier les vit ensemble, lady Mowbray n’en était plus à compter son bonheur par années, mais par heures.

« Savez-vous, ma chère Metella, lui dit le comte le lendemain du jour où elle avait rencontré Olivier au spectacle, que ce jeune Suisse est éperdument amoureux de vous ?

— Est-ce que vous auriez envie de me le faire croire ? dit lady Mowbray en s’efforçant de prendre un ton enjoué : voilà au moins la dixième fois depuis quinze jours que vous me le répétez !

— Et quand vous le croiriez, dit assez sèchement le comte, qu’est-ce que cela me ferait ? »

Metella eut envie de lui dire qu’il n’avait pas toujours été aussi