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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/131

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Le comte ne répondit rien.

« On m’a pourtant assuré à Aix, poursuivit Olivier, qu’elle était toujours belle comme un ange, qu’elle était grande, légère, agile, qu’elle galopait au bord des précipices sur un vigoureux cheval, qu’elle dansait à merveille. Elle doit avoir trente ans environ, n’est-ce pas, monsieur ?

— Qu’importe son âge ! dit le comte avec impatience. Une femme n’a jamais que l’âge qu’elle paraît avoir, et tout le monde vous l’a dit : lady Mowbray est toujours belle. On vous l’a dit, n’est-ce pas ?

— On me l’a dit partout, à Aix, à Berne, à Gênes, dans tous les lieux où elle a passé.

— Elle est admirée et respectée, dit le comte.

— Oh ! monsieur, vous la connaissez, vous êtes son ami peut-être ? Je vous en félicite ; quelle réputation plus glorieuse que celle de savoir aimer ? Que ce Buondelmonte a dû être fier de retremper cette belle âme et de voir refleurir cette plante courbée par l’orage ! »

Le comte fit une légère grimace de dédain. Il n’aimait pas les phrases de roman, peut-être parce qu’il les avait aimées jadis. Il regarda fixement le Genevois ; mais voyant que celui-ci se grisait décidément, il voulut en profiter pour échanger avec un homme sincère et confiant des idées qui le gênaient depuis longtemps.

Sans se donner la peine de feindre beaucoup de désintéressement, car Olivier n’était plus en était de faire de très-clairvoyantes observations, le comte posa sa main sur la sienne, afin d’appeler son attention sur le sens de ses paroles.

— Pensez-vous, lui demanda-t-il, qu’il ne soit pas plus glorieux pour un homme d’ébranler la réputation d’une femme, que de la rétablir quand elle a reçu à tort ou à raison de notables échecs ?

— Ma foi, ce n’est pas mon opinion, dit Olivier. J’aimerais mieux élever un temple que de l’abattre.

— Vous êtes un peu romanesque, dit le comte.

— Je ne m’en défends pas, cela est de mon âge ; et ce qui prouve que les exaltés n’ont pas toujours tort, c’est que Buondelmonte fut récompensé d’une heure d’enthousiasme par dix ans d’amour.

— Lui seul pourrait être juge dans cette question, » reprit le comte ; et il se promena dans la chambre, les mains derrière le dos et le sourcil froncé. Puis, craignant de se laisser deviner, il