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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/119

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Bordeaux. Elle loua une barque de pêcheur, descendit la Garonne, alla passer la Gironde au-dessous de Cublac, et s’achemina vers Blaye où elle ne devait pas tarder à revenir, Le jour suivant, elle se mit en route sur un âne, et courut ainsi gaiement, sur ce modeste animal, à la conquête de la couronne de son fils. Neuf jours après, Madame se trouvait dans la Vendée, et conférait avec M. de Charette aux environs de Montaigu.

Nous ne contestons pas la fidélité de l’itinéraire de Madame, qui ne peut avoir été fourni que par elle ; mais, nous l’avons dit, la princesse avait sans doute quelques raisons de taire alors au général Dermoncourt une circonstance assez importante. Il est très vrai en effet que Madame quitta le Carlo-Alberto dans une barque et se fit descendre avec M. de Ménars aux environs de Marseille ; il est également vrai que Madame traversa le Midi dans une calèche découverte ; qu’elle reçut presque publiquement ses partisans à Toulouse ; qu’elle visita Bordeaux, et gagna la Vendée d’une façon presque aussi officielle, se faisant précéder par un ordre du jour et des proclamations ; mais ce que Madame n’a pas dit, et ce que M. le général Dermoncourt paraît avoir ignoré, c’est que toutes ces choses se firent, non pas sans interruption, mais dans le cours de deux voyages fort distincts.

Or, voici comme les choses se passèrent, et, au besoin, nous pourrions en trouver quelques preuves.

Après son débarquement, Madame erra plusieurs jours, avec son compagnon, dans les environs de Marseille et le long de la côte, tâchant de s’aboucher avec ses partisans, et de gagner quelques châteaux éloignés que ses amis, comme elle les nomme, possèdent dans la province, La police fut presque constamment instruite de ses démarches ; elle suivait ses traces à peu d’heures près, et, avec quelques efforts, il eût été très possible de s’emparer d’elle. Toutefois, on ne voulait rien faire sans les ordres de Paris, et on se contenta d’observer la princesse, sans prendre de mesures décisives pour l’arrêter. Madame se sentait poursuivie ; elle ne pouvait douter qu’on ne fût à sa piste : et, loin de songer à traverser le pays, elle courait de retraite en retraite, dans un rayon de terrain peu étendu. Ce fut à cette époque que les colonels Ma… et d’H… attachés à la personne d’un puissant personnage, furent envoyés à Marseille. Ces deux officiers ne tardèrent pas à connaître la retraite de la duchesse ; ils s’y rendirent aussitôt, et lui déclarèrent que, loin d’en vouloir à sa personne et de chercher à la priver de sa liberté, ils avaient l’ordre de ne pas la quitter qu’ils ne l’eussent vu s’embarquer et quitter le sol de la France. Ils gagnèrent, en effet, avec elle un petit port peu éloigné, la mirent à bord d’un léger bâtiment, et s’assurèrent de leurs yeux, comme on le leur avait ordonné, qu’elle s’était éloignée du territoire. Madame se rendit à Massa, où elle reprit tous ses projets, et adressa des lettres à plusieurs de ses partisans pour les rassurer sur son sort. Une de ces lettres, dont la date ne laisse aucun doute à cet égard, fut adressée à un officier royaliste, chargé sous la restauration