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Il n’en est pas tout-à-fait ainsi des documens que M. Dermoncourt a recueillis touchant le débarquement de la duchesse de Berri à Marseille, lors de l’apparition du Carlo-Alberto ; et si, comme il y a lieu de le croire, l’auteur de ce livre a recueilli ces renseignemens de la princesse elle-même, il faut qu’elle ait eu des raisons importantes pour dénaturer un peu les faits. Dans ce récit, M. Dermoncourt rapporte que la duchesse ayant fait relâche à Gênes, se remit en mer le même jour, et le 29 avril se trouva à la hauteur de Marseille. Le temps était peu favorable pour un débarquement. C’était exposer le bâtiment que d’essayer de le faire attérer partout ailleurs que dans la rade. Le capitaine offrit à Madame de risquer la descente ; mais elle s’y opposa formellement, et demanda que la petite chaloupe du paquebot fût mise à la mer. Deux personnes descendirent dans cette frêle embarcation M. de Ménars et le général Bourmont. Ce fut avec la plus grande peine que la barque surmonta une mer houleuse, et jeta ses passagers sur la côte sans qu’ils fussent aperçus. Heureusement pour eux, le soir commençait à venir. Ils n’osèrent entrer dans aucune maison, et résolurent de passer la nuit où ils étaient. Madame s’enveloppa dans son manteau, se coucha à l’abri d’un rocher, et s’endormit, gardée par M. de Ménars et M. de Bourmont, qui firent sentinelle jusqu’au jour.

Aux premiers rayons du matin, Madame aperçut avec joie le drapeau blanc qui flottait sur l’église Saint-Laurent, et entendit battre le tocsin qui lui annonçait que ses amis avaient répondu à son appel. Ses compagnons de voyage eurent beaucoup de peine à l’empêcher de se jeter aussitôt dans Marseille, où retentissait déjà la générale. La joie de Madame fut de courte durée ; à neuf heures, le drapeau tricolore reparut sur le clocher, et les baïonnettes de la garde nationale brillèrent sur l’esplanade de la Tomette ; puis tout rentra dans le calme et le silence. Madame, le cœur navré, jugea que l’insurrection était finie.

Que faire alors ? Elle ne pouvait rester sans imprudence où elle se trouvait. Le Carlo-Alberto, poursuivi par une frégate, venait de disparaître. Il ne restait que deux ressources : traverser toute la France et se jeter dans la Vendée, ou franchir le pays qui sépare le Rhône des Alpes, et gagner le Piémont. Madame prit le premier parti, et, selon M. le général Dermoncourt, elle se mit en route à travers les montagnes, guidée par un charbonnier, et gagna, après des fatigues sans nombre, la maison d’un républicain, maire d’une commune, à qui elle se découvrit, et qui la reçut fort bien. Le lendemain, Madame était près de Montpellier, ayant fait la route dans le char-à-bancs du maire. Là, M. de Ménars, qui avait quitté Madame, d’après ses ordres, la rejoignit, monta en calèche avec elle, et les voyageurs prirent en poste la grande route de Montpellier à Carcassonne. De là elle se rendit à Toulouse, où elle fit prévenir plus de vingt personnes qu’elle recevrait de trois heures à huit heures du soir. Cette réception, dit M. Dermoncourt, se fit avec la même publicité que si l’on eût été aux Tuileries.

Madame partit de Toulouse, toujours dans sa calèche découverte, et se rendit à