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Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/10

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époque. Affirmer qu’en l’écrivant je n’aie songé qu’à l’avenir, c’est un langage qui n’appartient qu’à un petit nombre d’hommes de notre temps, lesquels en auront bientôt fini, j’espère, de nos vides générations d’aujourd’hui ; et cependant il est certain qu’il n’est pas fait non plus pour le moment actuel : il a méprisé le présent, le présent le lui rendra bien.

Son sujet est de tous les temps et de ceux qui courent les rues : c’est le dialogue de la vie et de la mort, du bien et du mal, de la matière et de l’esprit, de l’orient et de l’occident, de l’éternité et du temps ; enfin, le lieu commun de l’infini et du fini. Dans ce drame, il y a trois personnages, Dieu, l’homme et l’univers ; mais l’action et la péripétie ne se passent, à véritablement parler, qu’entre les deux derniers.

Avant les mondes, Dieu, envisagé sous le point de vue de l’art, était une strophe éternelle : retrouver et recomposer cette ode sans fin, c’est le labeur de toute poésie lyrique. Dans le travail de la création des sept journées, il devient épopée ; mais le drame ne commence qu’avec la lutte, quand la création et le créateur, tous deux détachés l’un de l’autre, tous deux debout en face l’un de l’autre, tous deux hostiles l’un à l’autre, poursuivent, chacun à sa manière, le dénouement qui doit un jour les rassembler.

L’ouvrage dont il est ici question a pour but de reproduire quelques-uns des momens de cette éternelle tragédie, comme d’une œuvre humaine on traduit des lambeaux d’hémistiches que l’oreille par hasard a retenus. Il est divisé en quatre parties ou journées : la première contient l’Orient ; la seconde, le Christ ; la troisième, le moyen-âge et sa réalisation dans le monde moderne ; la quatrième, la consommation de l’avenir dans le jugement dernier du passé.

L’Orient est le péristyle du grand édifice d’art que le monde construit incessamment ; c’est, si l’on veut, le chœur ou le prologue de la tragédie que l’humanité doit jouer. Son rôle, à lui, est d’évoquer les dieux, d’appeler par la voix de ses peuples les monts, les mers et les cieux encore endormis, pour assister au spectacle qui commence. Tout est encore pacifique et sacré : pas un fil n’est embrouillé dans la vie universelle ; les empires s’asseyent sur leurs gradins, en silence ; sans tourner la tête, comme les sphinx, en chantant leur liturgie, ils attendent que l’énigme se noue. C’est là