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lations que lui offrait la tendresse paternelle, et, refusant de prendre aucun aliment pour soutenir une existence qui lui était devenue à charge, elle mourut bientôt, heureuse, dit-elle en mourant, d’aller retrouver son mari.

À Séville, Joseph régla, par différens décrets, la division du territoire, l’administration civile et la formation des gardes nationales sous le nom de gardes civiques. Ce fut dans cette ville qu’il apprit les obstacles qui avaient empêché les Espagnols, ses partisans, d’entrer en négociation avec les réfugiés de Cadix, comme le lui avaient proposé les députés de l’Andalousie ; ils avaient été arrêtés par les Anglais.

Cependant, malgré cette difficulté, tels étaient alors, dans les masses, le besoin du repos et le désir d’une paix générale, telle était, parmi les hommes éclairés, la conviction des bonnes intentions et des royales qualités de Joseph, que l’entière pacification de l’Espagne n’aurait encore été qu’ajournée, si Napoléon lui-même, par un décret inopportun et impolitique, ne fût en quelque sorte devenu l’auxiliaire des intrigues britanniques, et l’ennemi le plus réel du trône de son frère.

L’empereur était fatigué des sacrifices que coûtait à la France l’opposition obstinée des insurgés espagnols. Il déclara qu’il voulait qu’à l’avenir la guerre nourrît la guerre. Cédant aux rapports intéressés de quelques généraux français, qui ne voyaient dans la péninsule qu’une mine riche à exploiter, il institua des gouvernemens militaires dans chacune des provinces de l’Espagne. Le général de division devint le président de la junte administrative, l’intendant espagnol n’en fut plus que le secrétaire. Le prétexte apparent de cet ordre était l’avantage de réunir le commandement civil et militaire dans les mains des généraux qui commandaient les troupes de chaque gouvernement, et de les investir ainsi des pouvoirs les plus amples, afin qu’ils retirassent de ces pays, non-seulement ce qui était nécessaire pour la solde, l’équipement et la subsistance des soldats, mais encore pour rétablir le matériel de l’armée, remonter la cavalerie, réparer et augmenter l’artillerie, etc. L’opinion générale fut que l’on voulait, par cette mesure, préparer l’incorporation à la France des provinces au nord de l’Ebre, et peut-être même de quelques autres, si l’Espagne et le Portugal se sou-