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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/747

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qu’il soit le moins du monde partisan de la république. Oh bien oui ! la république n’a pas d’ennemi plus implacable etplus acharné que M. Viennet. Pauvre république ! Toute criblée qu’elle est des coups de cornes de la doctrine, voici venir M. Viennet qui lui donne son coup de pied. Après l’avoir écrasée sous l’amertume et l’ironie de ses sarcasmes, M. Viennet l’achève ainsi :

La république, enfin, est un vrais paradis,
Et tout, jusqu’aux journaux, s’y donnera gratis.

Admirez ici les effets de l’exaltation poétique. M. Viennet était si content et si fier d’avoir coulé cette excellente plaisanterie républicide dans le moule d’un vers de Boileau, qu’il en a craché au nez de la rime et l’a souffletée sur les deux joues.

Tel qu’il est, vous ne le croiriez point, M. Viennet a pourtant été républicain. Il vous le dit lui-même :

J’étais républicain, mais j’en suis revenu.

Ainsi, M. Viennet est revenu de la république. Il n’est plus républicain ; il n’est nullement carliste ; il n’est pas non plus doctrinaire, tant s’en faut. Serait-il donc de l’opposition, du compte-rendu ? Pas davantage. Qu’est-il donc ? Il est M. Viennet tout seul. Il est vienniste et il adore l’égalité.

Quels que soient les griefs de M. Viennet contre la branche aînée, il ne veut point oublier que c’est Louis XVIII qui nous a donné la première édition de notre charte. Quand elle parut, dit-il :

J’y trouvais à peu près ce que j’avais rêvé ;
A l’auteur du bienfait ma muse rendit grâce ;
Je ne lui demandai ni son nom, ni sa race.

Vous voyez que M. Viennet ne faisait aucune question à Louis XVIII. Eh bien ! Louis XVIII voulut pourtant lui parler absolument.

Je suis Bourbon, dit-il ; —
   — Sois ce que tu voudras,

répondit M. Viennet avec une rudesse toute militaire. Louis XVIII ne se découragea point ; il était eu train de causer. Il ajouta donc :

Le trône m’appartient : —
   — Prends-le, je n’en veux pas,

s’écria noblement alors M. Viennet.

Notez bien ceci, je vous prie. Ce dernier mot appartient à l’histoire ; c’est au refus de M. Viennet que Louis XVIII a pris le trône. M. Viennet eût été roi de France ou roi des Français, s’il eût voulu. Si M. Viennet eût voulu, nous eussions compté une dynastie de plus, une dynastie de Viennets. M. Viennet ne l’a pas voulu. Il s’est enivré seulement de gloire comme il le dit lui-même, et voilà tout. Avoir été capitaine, académicien et député, n’est-ce point en effet assez ? Que souhaiter encore, quand on a sur la tête cette triple couronne ? Que désirer surtout ; lorsque avec