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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/733

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vérité, M. le marquis, depuis que je vous fréquente, je me suis déjà passablement accoutumé à la civilisation ; mais je ne donnerais pas un huitième du gros lot pour l’amour ! Dieu m’en préserve ! L’amour ! quand je calcule ce qu’il m’a coûté dans ma vie, je trouve en tout douze marcs et treize shillings. L’amour ! je n’ai eu un véritable attachement passionné qu’une seule fois, et c’était pour la grosse Gudule. Elle mettait à la loterie chez moi, et quand j’allais la voir, elle avait toujours pour moi un gâteau et un verre de liqueur ; et un jour que je me plaignais de réplétion, elle me donna la recette d’une poudre dont se servait son mari. Je fais encore usage de cette poudre, et elle me produit toujours le même effet. Notre amour n’a pas eu d’autres suites. Je crois, M. le marquis, que vous feriez bien de vous servir de cette poudre. Attendez un peu, je vais la chercher.

Tout en continuant ces commentaires, Hyacinthe se mit à chercher dans ses poches. Il en tira:

1° Un morceau de bougie ;

2° Un étui d’argent qui renfermait des instrumens pour couper les cors ;

3° Un citron ;

4° Un pistolet qui, quoique non chargé, était enveloppé de papier ;

5° Une liste imprimée du dernier tirage de la loterie de Hambourg ;

6° Un petit livre couvert de cuir noir, contenant les psaumes de David ;

7* ; Un bouquet desséché ;

8° L’original d’un billet de loterie qui avait gagné 50 000 mille marcs, enveloppé dans un morceau de taffetas rose fané ;

9° Un petit pain rond sans levain, percé au milieu ;

10° La poudre en question, qui fut tirée avec respect.

Quand je songe, dit-il en soupirant, qu’il y a dix ans la grosse Gudule me donna cette recette, et que je suis maintenant en Italie, et que je tiens cette poudre dans mes mains, et que je lis de mes yeux : Sal mirabile Glauberi, le cœur me manque, et il me semble que je viens de l’avaler. Ce que c’est que l’homme ! Je suis en Italie, et je songe à la grosse Gudule ! Qui l’eût pensé ! Elle est peut-être en ce moment à la campagne, dans son jardin ; au clair de la lune, elle écoute chanter le rossignol ou l’alouette...

— C’est le rossignol et non pas l’alouette ! murmura Gumpelino, et il reprit :

Il chante toute la nuit sur ce grenadier en fleurs ;
Crois-moi, ami, c’était le rossignol.