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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/727

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supporter ! Puis, partout où il y a une exagération ou une rêverie, M. Gumpel arrive tout de suite, et il faut que je fasse tout comme lui. Je serais parti depuis long-temps, s’il pouvait se passer de moi. Mais qui conterait, une fois de retour à la maison, combien il a reçu d’honneurs et pris de civilisation chez l’étranger ? Et, à vous dire la vérité, moi-même je commence à faire grand cas de la civilisation. A Hambourg, Dieu merci, je n’en ai pas besoin ; mais on ne peut savoir si on ne viendra pas dans quelque autre endroit. Ici, c’est un tout autre monde. Et on a raison ; un peu de civilisation embellit si bien l’homme ! Et quel honneur on en retire ! Lady Maxfield, par exemple, comme elle m’a accueilli et honoré ce matin ! tout parallèlement comme son égal ! Et elle m’a donné un francesconi pour boire, bien que la fleur que je lui portais n’eût coûté que cinq paoli. Aussi c’est un plaisir que d’avoir dans les mains le petit pied blanc de ces grandes dames.

Je ne fus pas peu confondu de cette remarque. Le drôle se moquait-il de moi ? Mais comment pouvait-il déjà savoir ce qui s’était passé de l’autre côté de la montagne ? ou bien s’était-il passé de ce côté une semblable scène, et l’esprit ironique du grand poète créateur de ce théâtre terrestre s’était-il plu à la répéter à la fois en vingt endroits, pour l’amusement de son public céleste ? Toutes ces suppositions étaient mal fondées ; car, après que j’eus promis de ne rien dire au marquis, Hyacinthe m’avoua qu’il avait trouvé lady Maxfield au lit lorsqu’il était venu lui offrir des fleurs, et qu’ayant vu des cors à l’un de ses pieds, qui passait par la couverture, il lui avait offert de les couper, soin pour lequel il avait reçu un francesconi de récompense.

— Mais je tiens surtout à l’honneur que j’en ai eu, dit Hyacinthe, et j’en ai dit autant au baron Rotschild, lorsque j’eus l’honneur de lui couper les cors. Cela eut lieu dans son cabinet ; il était assis sur son fauteuil vert comme sur un trône, il parlait comme un prince, et autour de lui, debout, étaient ses courtiers, et il donnait ses ordres, et il envoyait des estafettes à tous les princes ; et, tandis que je lui coupais les cors, je me disais : Tu as dans tes mains le pied d’un homme qui a lui-même le monde entier dans ses mains. — C’a été le plus heureux moment de ma vie !

— Je puis facilement me représenter ce que vous avez éprouvé, M. Hyacinthe. Mais quel membre de la dynastie Rotschild avez-vous ainsi opéré ! Etait-ce pas l’Anglais au cœur haut, l’homme de Lombard-Street, qui a ouvert une maison de prêt pour les empereurs et les rois ?

— Cela va sans dire, docteur. Je parle du grand Rotschild, le grand Nathan Rotschild, Nathan le sage, chez qui l’empereur du Brésil a mis sa couronne de diamans en gage. Mais j’ai eu aussi l’honneur de