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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/718

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La beauté principale de ce vallon consiste en ce qu’il n’est ni trop grand, ni trop petit ; que l’ame du spectateur ne s’épand pas trop puissamment, mais plutôt qu’elle se remplit de cet aspect magnifique ; que les cimes des montagnes elles-mêmes, comme les Apennins en général, ne sont pas déformées par des découpures gothiques et aventureuses, semblables à ces caricatures de montagnes qu’on trouve aussi souvent que des caricatures d’hommes, dans les contrées germaniques: au contraire, leurs têtes sont noblement arrondies, pures, vertes et sereines ; elles semblent annoncer le pays de la civilisation et des arts, et s’unir mélodieusement au ciel bleu pâle qui les couronne.

— O Jésus ! s’écria Gumpelino, lorsque déjà passablement échauffés par une montée pénible et par les rayons du soleil levant, arrivés près de ces cyprès de la terrasse, et jetant nos regards sur le village, nous aperçûmes notre belle amie anglaise, fièrement dressée sur son cheval, passer au galop sur le pont comme une apparition romantique, et disparaître aussi rapidement qu’un éclair. — O Jésus ! quelle femme singulière ! répéta plusieurs fois le marquis. Dans toute ma vie, je n’ai jamais rencontré une semblable femme. Ce n’est que dans les comédies qu’on en trouve de pareilles, et je crois, par exemple, que la Holzbecher[1] jouerait fort bien ce rôle. Elle a quelque chose d’une fée. Qu’en pensez-vous ?

— Je pense que vous avez raison, Gumpelino. Lorsque je passai avec elle de Londres à Rotterdam, le capitaine du vaisseau se mit à dire qu’elle ressemblait à une rose saupoudrée de poivre. Pour le remercier de cette piquante comparaison, elle versa toute une poivrière sur sa tête, un jour qu’elle le trouva endormi dans la cabine, et il devint impossible d’approcher de lui sans éternuer.

— Une femme singulière ! répéta Gumpelino, aussi délicate que la soie blanche et aussi forte, et qui se tient à cheval aussi bien que moi. N’avez-vous pas vu le long et maigre Anglais qui galopait derrière elle sur son maigre coursier, comme le souci à la suite d’un hypocondriaque ? Ce peuple s’adonne avec trop de passion aux chevaux. Le cheval blanc de lady Maxfield coûte trois cents louis d’or vivans. — Hélas ! et les louis d’or sont si élevés aujourd’hui, et ils montent encore chaque jour !

—Oui, les louis d’or monteront si haut, que les pauvres écrivains comme nous autres, ne pourront jamais les atteindre.

—Vous ne vous figurez pas, M. le docteur, combien d’argent je dépense, et cependant je me contente d’un seul domestique, et, quand je suis à Rome, d’un seul chapelain pour ma chapelle particulière. Tenez, voilà mon laquais Hyacinthe.

  1. Actrice de Berlin.