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seulement une femme amie des arts qui aura préparé un triomphe à M. le baron Gérard, et donné à quelques amis le régal d’une bonne musique et d’une collation délicate.

Le jour arriva, il faisait un temps magnifique : beau, chaud, tout-à-fait propice à la fête. J’étais fort occupé au bureau du journal que nous publiions alors, journal qui a fait assez de bruit dans son temps. Je jetais bien vite en moule cette prose improvisée que les imprimeurs arrachent au rédacteur quand l’heure est venue de la composition ; j’avais grandement à faire, car j’étais seul et je voulais aussi aller à Saint-Ouen ; on vint m’annoncer M. le duc d’Escars. Cela me dérangeait beaucoup ; de quoi voulait me parler le vieux gentilhomme ? Avait-il inventé quelque nouveau plat dans ses conférences culinaires avec son glorieux maître ? — Faites entrer. — M. d’Escars entra. — Vous êtes, me dit-il le rédacteur en chef du Miroir ? — Oui, monsieur, jusqu’à la fin de ce mois ; je suis même le seul rédacteur présent, car tous mes collaborateurs sont à la campagne aujourd’hui. — Monsieur, je suis le duc d’Escars, et je viens… — Qu’y a-t-il pour votre service, monsieur le duc ? — Je viens à vous de la part du roi… — De la part du roi, monsieur ! Ne vous trompez-vous pas ? Le roi a bien eu des relations avec le Miroir ; mais elles ont été secrètes. Il lui a adressé des articles, peut-être un peu pour le compromettre, mais dans tous les cas pour satisfaire à son besoin royal de moquerie contre ses courtisans… — Monsieur, ce que vous me dites-là… — Est très-vrai ; le premier article que le Miroir ait publié contre M. Dudon était du roi. Tout se sait, surtout ces choses-là où il y a une petite vanité d’auteur en jeu. Louis xviii n’a pas gardé son secret, pourquoi le tiendrais-je ? Mais enfin le roi s’est fait notre collaborateur, et c’est sans doute à ce titre qu’il nous fait demander un service. — Sa Majesté m’a chargé de vous prier… — Voyons, monsieur le duc, parlez sans hésiter. — Eh ! bien, monsieur, vous savez qu’aujourd’hui à Saint-Ouen… — Oui, monsieur le duc, j’ai un billet, j’y vais y aller tout à l’heure et je réserve deux colonnes pour parler au public demain de ce spectacle de la cour. — C’est justement ce que le roi redoute. — Je le crois, monsieur, mais il faudra bien pourtant que cela soit. — Le roi voudrait bien !… — Je suis désolé de refuser le roi, mais