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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/699

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religion, c’est un crime. Cependant ce n’est ni avec la religion, ni avec la loi que nous devons le juger ici. Ce n’est ni à saint Augustin, ni à Montesquieu, que nous devons emprunter les argumens de la discussion.

Non ; comme la beauté suprême, vers laquelle doit tendre incessamment le génie du poète, n’est autre chose que la suprême vérité, révélée par l’inspiration et l’éloquence au lieu d’être démontrée par le procédé lent et successif de l’enseignement, la critique n’a qu’un devoir, ce n’est ni celui du légiste, ni celui du prêtre, c’est celui de l’historien. Elle n’a pas à s’inquiéter si l’Évangile ou le Code condamne l’adultère : elle accepte la faute sans la juger. Elle la voit s’accomplir sous ses yeux, elle constate impartialement les métamorphoses que le temps et les hommes ont apportées dans l’institution du mariage ; et, quand elle sait bien sûrement ce qui est, elle compare la réalité à l’invention, l’histoire à la poésie ; elle pèse dans sa balance la fidélité, la clairvoyance, la véracité du peintre, et prononce sans passion et sans injustice.

Oui, nous le reconnaissons volontiers, avant l’établissement de la loi chrétienne l’adultère n’avait qu’une importance médiocre et tout-à-fait secondaire. Chez les peuples d’Asie, instituteurs de la Grèce ; dans la Grèce, institutrice de Rome ; dans la ville éternelle dont l’Europe a recueilli l’héritage, la femme n’était qu’un plaisir. Esclave soumise, sa beauté ne lui donnait qu’un empire de quelques instans. Elle obéissait, mais ne se dévouait pas. Aussi voyez comme les plus grands noms de l’antiquité se jouent du mariage ! Périclès a deux fils, et il répudie sa femme pour vivre avec Aspasie, et pas une voix dans Athènes ne s’élève pour le condamner. Aspasie était plus belle, plus ingénieuse, plus éloquente, et cela suffit à son excuse.

La loi chrétienne, en substituant le dévouement à l’obéissance, en plaçant l’âme au-dessus des sens, a fait du mariage une institution sérieuse. Avant que l’Evangile n’eût pris possession du trône des Constantins, le mariage n’avait rien de sacré ; il a reçu de la loi nouvelle un caractère auguste, inviolable, et de ce jour seulement l’adultère est devenu un crime.

Depuis saint Jérôme jusqu’à La Mennais, la religion et avec elle