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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/694

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la poitrine, une douleur comme serait celle produite par un charbon ardent, lui rappela que tout était réel ; la vérité terrible, sanglante, inexorable, se dressa devant elle ; tout ce qui venait de se passer se représenta à sa mémoire, les menaces de son mari revinrent à son esprit, et la situation dans laquelle elle se retrouvait la fit trembler qu’il ne commençât à les mettre à exécution.

Tout à coup une nouvelle douleur plus ardente, plus aiguë, plus incisive, lui fit jeter un cri : il se perdit sans écho, glissant sur cette vaste nappe de neige ; seulement le cheval effrayé tressaillit et redoubla de vitesse.

— Oh ! monseigneur, je souffre bien, dit Catherine.

De Gyac ne répondit pas.

— Laissez-moi descendre, continua-t-elle, laissez-moi prendre un peu de neige, ma bouche brûle, ma poitrine est en feu.

De Gyac se taisait toujours.

— Oh ! je vous en supplie, au nom du ciel, par grâce, par pitié, ce sont des lames de fer rouge ! de l’eau, oh ! de l’eau.

Catherine se tordait dans le lien de cuir qui l’attachait au cavalier. Elle essayait de se glisser à terre, et l’écharpe la retenait ; elle semblait Lénore liée au fantôme, le cavalier était silencieux comme Wilhelm, et Ralff allait comme le cheval fantastique de Burger.

Alors Catherine, sans espoir sur la terre, s’adressa au Seigneur.

— Miséricorde ! mon Dieu, miséricorde ! dit-elle, car c’est ainsi qu’on doit souffrir lorsque l’on est empoisonné.

À ces mots de Gyac éclata de rire. Ce rire étrange, infernal, eut un écho ; un autre rire lui répondit, éclatant, fuyant sur cette plaine funèbre. Ralff hennit, sa crinière se dressait de terreur.

Alors la jeune femme vit bien qu’elle était perdue, et que c’était son heure suprême. Elle comprit que rien ne pouvait la retarder, et elle se mit à prier Dieu tout haut, interrompant à chaque instant sa prière par les cris que la douleur lui arrachait.

De Gyac resta muet.

Bientôt il entendit faiblir la voix de Catherine ; il sentit son