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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/691

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— Si, madame, mais j’allais ajouter : Et que Dieu ait plus de miséricorde pour son âme que les hommes n’ont eu de pitié pour son corps.

— Que dites-vous ? s’écria Catherine, en restant la bouche entr’ouverte, les yeux fixes, et pâlissant tout à coup ; que dites-vous ? reprit-elle une seconde fois avec plus de force. Et le verre qu’elle tenait s’échappa de ses doigts raidis, et se brisa en morceaux.

— Je dis, répondit de Gyac, que le duc Jean de Bourgogne a été assassiné, il y a deux heures, sur le pont de Montereau.

Catherine jeta un grand cri, et, s’affaissant sur elle-même, tomba sur le fauteuil qui était derrière elle.

— Oh ! cela n’est pas, dit-elle avec l’accent du désespoir, cela n’est pas.

— Cela est, reprit froidement de Gyac.

— Qui vous l’a dit ?

— Je l’ai vu.

— Vous ?

— J’ai vu à mes pieds, entendez-vous, madame ? j’ai vu le duc se tordre dans l’agonie, perdant son sang par cinq blessures, mourant sans prêtre et sans espoir. J’ai vu que sa bouche allait exhaler son dernier soupir, et je me suis penché sur lui pour le sentir passer.

— Oh ! vous ne l’avez pas défendu ! vous ne vous êtes pas jeté au-devant du coup ! vous n’avez pas sauvé !…

— Votre amant, n’est-ce pas, madame ! interrompit de Gyac d’une voix terrible, et regardant Catherine en face.

Elle jeta un cri ; et, ne pouvant supporter le regard dévorant que son mari fixait sur elle, elle cacha sa tête entre ses deux mains.

— Mais vous ne devinez donc rien ? continua de Gyac en se levant à son tour. Est-ce stupidité ou effronterie, madame ?… Vous ne devinez donc pas que cette lettre que vous lui avez écrite, que vous avez cachetée de ce cachet que vous portez au doigt, là (il lui arracha la main de devant les yeux), cette lettre dans laquelle vous lui donniez un rendez-vous adultère, c’est moi qui