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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/686

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Saint-Louis ; il était revêtu de son pourpoint et de ses housseaux, sa barette était tirée sur son visage ; aucune cérémonie religieuse n’accompagna l’inhumation : cependant pour le repos de son âme il fut dit douze messes pendant les trois jours suivans [1].

Ainsi tomba par trahison le puissant duc de Bourgogne, surnommé Jean-sans-Peur. Douze ans auparavant, il avait aussi par trahison frappé le duc d’Orléans des mêmes coups dont il venait d’être atteint à son tour ; il avait commandé de lui abattre la main gauche, et sa main gauche, à lui, était tombée ; il lui avait fait fendre la tête d’un coup de hache, et sa tête venait d’être ouverte par la même blessure, faite par la même arme. Les gens religieux et croyans virent dans cette coïncidence singulière une application de ces paroles de Christ : « Celui qui frappe de l’épée périra par l’épée. » Depuis que le duc d’Orléans était tombé par ses ordres, la guerre civile avait, comme un vautour affamé, rongé sans relâche le cœur du royaume. Le duc Jean lui-même, comme s’il traînait avec lui la punition de son homicide, n’avait pas eu, depuis qu’il l’avait commis, un seul instant de repos : sa renommée avait subi mille affronts, son bonheur avait souffert mille atteintes ; il était devenu défiant, irrésolu, timide même.

La hache de Tanneguy-Duchâtel porta le premier coup à l’édifice féodal de la monarchie capétienne ; elle abattit avec fracas la plus forte colonne de cette grande vassalité qui en soutenait la voûte : un instant le temple craqua, et l’on put croire qu’il allait s’écrouler ; mais pour le soutenir restaient encore debout les ducs de Bretagne, les comtes d’Armagnac, les ducs de Lorraine et les rois d’Anjou. Le Dauphin, au lieu d’un allié incertain qu’il avait dans le père, gagna dans le fils un ennemi déclaré : la réunion du comte de Charolais aux Anglais poussa la France jusqu’au bord de l’abîme, mais l’usurpation du duc Jean, qui ne pouvait se faire que par la cession perpétuelle aux Anglais de la Normandie et de la Guyenne, l’y eût sans aucun doute précipitée,

  1. Enguerrand de Monstrelet. — Sainte-Foix, — Commines. — Histoire de Bourgogne.