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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/665

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se doutât qui nous sommes, je suis parvenu jusqu’à cette porte, que le sire de Gyac m’a ouverte ; et me voilà, mon père, me voilà à vos pieds, dans vos bras !

Oui, oui, dit le roi, laissant tomber sa main à plat sur le parchemin qu’il allait signer, lorsqu’il avait été interrompu par le Dauphin, et qui contenait les conditions de paix onéreuses que nous avons rapportées ; oui, te voilà, mon enfant, venant, comme l’ange gardien du royaume, me dire : — Roi, ne livre pas la France ; venant, comme mon fils, me dire : — Père, garde-moi mon héritage ! Oh ! les rois !… les rois !… ils sont moins libres que le dernier de leurs sujets ; ils doivent compte à leurs successeurs, et puis encore à la France, du patrimoine légué par leurs ancêtres. Ah ! quand bientôt je me trouverai face à face de mon royal père, Charles-le-Sage, quel compte fatal aurai-je à lui rendre du royaume qu’il m’a laissé riche, calme et puissant, et que je te laisserai, à toi, pauvre, plein de troubles et morcelé en lambeaux ! Ah ! tu viens me dire : Ne signe pas cette paix, n’est-ce pas ? tu viens me le dire.

— Il est vrai que cette paix est onéreuse et fatale, dit le Dauphin, qui venait de parcourir le parchemin sur lequel en étaient écrites les conditions, et que moi et mes amis, continua-t-il, nous briserons nos épées jusqu’à la poignée sur le casque de ces Anglais, plutôt que de signer avec eux un pareil traité, et que nous tomberons tous jusqu’au dernier sur cette terre de France, plutôt que de la céder de notre plein gré à notre vieil ennemi… Oui, cela est vrai, mon père.

Charles VI prit d’une main tremblante le parchemin, le regarda quelque temps ; puis, par un mouvement spontané, il le déchira en deux parties.

— Le Dauphin se jeta à sou cou.

— Soit, dit le roi. Eh bien ! soit la guerre ! mieux vaut une bataille perdue qu’une paix honteuse.

— Le Dieu des armées sera pour nous, mon père.

— Mais si le duc nous abandonne, et passe aux Anglais !

— Je traiterai avec lui, répondit le Dauphin.

— Tu as refusé jusqu’à présent toute entrevue.